
Vlan!
Gregory Pouy·645 episodes
Un podcast pour comprendre ce qui est en train de se transformer avant que cela ne devienne évident et pour vous redonner envie du futur sans optimisme naif ni cynisme mais avec lucidité.Tendance humaniste. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Episodes
Abdennour Bidar est philosophe. Membre du Conseil des sages de la laïcité, penseur du lien, auteur de Les Tisserands ou encore Révolution spirituelle, il est l’une des voix les plus essentielles et pourtant trop peu entendues pour repenser notre époque à partir du cœur, de l’esprit, et du collectif.J’ai rencontré Abdennour à un moment où, comme beaucoup d’entre nous, je ressentais une forme de vide. Pas un vide intellectuel. Pas un vide d’action.Mais un vide d’âme comme on peut le ressentir de temps à autres.Un manque de sacré. Une sensation que dans notre monde saturé, hyper-connecté, sur-analysé… quelque chose d’essentiel nous échappe. Le sens. Le lien. L’invisible. La spiritualité. Ce mot qu’on n’ose plus prononcer sans passer pour un illuminé.Dans cet épisode, nous parlons de ça.De la manière dont notre société occidentale, en se libérant des dogmes religieux (ce qui était sans doute nécessaire), a aussi tué une part de l’intériorité. De ce qu’on appelle à tort “le progrès”, qui a laissé beaucoup d’individus seuls, épuisés, incapables de se relier à eux-mêmes, aux autres, au monde. J’ai questionné Abdennour sur cette crise spirituelle silencieuse mais omniprésente.Nous avons parlé de ce qu’est vraiment le sacré, au-delà de toute religion. De la possibilité d’une spiritualité non dogmatique, fondée sur l’éveil, la responsabilité, la justice intérieure. Nous avons parlé de l’islam, bien sûr, de la manière dont il est vécu en France, entre repli, rigidité, et aussi aspiration profonde à la liberté spirituelle. De l’intégration républicaine, des fractures identitaires, du ressentiment qui grandit, du piège de la victimisation… mais aussi de ce que chacun peut faire pour réhabiliter un “nous” trop souvent oublié.Abdennour est un homme brillant, mais surtout profondément habité. Il incarne une pensée vivante, une philosophie du lien, de la présence et du dépassement de soi.Dans cet épisode, vous n’entendrez pas de réponses toutes faites. Mais vous trouverez peut-être un début de boussole intérieure, ou à tout le moins, la conviction qu’un autre rapport au monde est possible. Plus enraciné. Plus serein. Plus spirituel.Et que ce ne sont pas des mots à fuir. Ce sont peut-être les seuls qui nous sauveront.Idées centrales discutées1. La société moderne est spirituellement videExplication : Le recul des religions n’a pas été remplacé par une autre forme de sacré.Pourquoi c’est important : Cela engendre solitude, mal-être, et perte de sens.Timestamp : ~10:302. Le sacré n’a pas besoin de religionExplication : On peut honorer la vie, la nature, les liens humains sans Dieu.Pourquoi c’est important : Permet de reconstruire du sens dans un monde sécularisé.Timestamp : ~18:003. L’individualisme a fragili
Abdennour Bidar est philosophe. Membre du Conseil des sages de la laïcité, penseur du lien, auteur de Les Tisserands ou encore Révolution spirituelle, il est l’une des voix les plus essentielles et pourtant trop peu entendues pour repenser notre époque à partir du cœur, de l’esprit, et du collectif.J’ai rencontré Abdennour à un moment où, comme beaucoup d’entre nous, je ressentais une forme de vide. Pas un vide intellectuel. Pas un vide d’action.Mais un vide d’âme comme on peut le ressentir de temps à autres.Un manque de sacré. Une sensation que dans notre monde saturé, hyper-connecté, sur-analysé… quelque chose d’essentiel nous échappe. Le sens. Le lien. L’invisible. La spiritualité. Ce mot qu’on n’ose plus prononcer sans passer pour un illuminé.Dans cet épisode, nous parlons de ça.De la manière dont notre société occidentale, en se libérant des dogmes religieux (ce qui était sans doute nécessaire), a aussi tué une part de l’intériorité. De ce qu’on appelle à tort “le progrès”, qui a laissé beaucoup d’individus seuls, épuisés, incapables de se relier à eux-mêmes, aux autres, au monde. J’ai questionné Abdennour sur cette crise spirituelle silencieuse mais omniprésente.Nous avons parlé de ce qu’est vraiment le sacré, au-delà de toute religion. De la possibilité d’une spiritualité non dogmatique, fondée sur l’éveil, la responsabilité, la justice intérieure. Nous avons parlé de l’islam, bien sûr, de la manière dont il est vécu en France, entre repli, rigidité, et aussi aspiration profonde à la liberté spirituelle. De l’intégration républicaine, des fractures identitaires, du ressentiment qui grandit, du piège de la victimisation… mais aussi de ce que chacun peut faire pour réhabiliter un “nous” trop souvent oublié.Abdennour est un homme brillant, mais surtout profondément habité. Il incarne une pensée vivante, une philosophie du lien, de la présence et du dépassement de soi.Dans cet épisode, vous n’entendrez pas de réponses toutes faites. Mais vous trouverez peut-être un début de boussole intérieure, ou à tout le moins, la conviction qu’un autre rapport au monde est possible. Plus enraciné. Plus serein. Plus spirituel.Et que ce ne sont pas des mots à fuir. Ce sont peut-être les seuls qui nous sauveront.Idées centrales discutées1. La société moderne est spirituellement videExplication : Le recul des religions n’a pas été remplacé par une autre forme de sacré.Pourquoi c’est important : Cela engendre solitude, mal-être, et perte de sens.Timestamp : ~10:302. Le sacré n’a pas besoin de religionExplication : On peut honorer la vie, la nature, les liens humains sans Dieu.Pourquoi c’est important : Permet de reconstruire du sens dans un monde sécularisé.Timestamp : ~18:003. L’individualisme a fragili
François Ruffin est député et journaliste, auteur de plusieurs documentaires et candidat à notre prochaine élection présidentielle.Je me méfie de moi-même quant il s'agit de faire des interviews politiques car je ne crois pas du tout que si tu parles à une personne pendant 2h tu fini par savoir ce qu'elle a dans le ventre.Alors j'ai proposé à François une discussion à bâton rompu, sur des tonnes de sujets à débuter par l'écologie comme la plus grande insécurité qu'on refuse de nommer, du logement comme premier problème de pouvoir d'achat en France, de la mondialisation que les Français n'ont jamais vraiment choisie, de l'intelligence artificielle qui menace autant les cadres que les ouvriers, et de la manière dont le Rassemblement National a construit sa progression en trois étages.J'ai questionné François Ruffin sur ses propres angles morts, sur ce que "faire ensemble" veut dire pour lui, et sur ce qu'il changerait dans l'école, la police et la fiscalité s'il en avait le pouvoir.Je crois que comme il le dit lui même c'est une discussion qu'on en entend rarement avec un politique : sans petite phrase, sans recherche de buzz, avec une vraie tentative de dire ce qu'il pense dans ses tripes.Citations marquantes"L'économie et l'argent, ce sont des imaginaires. Il n'y a pas d'argent, il n'y a pas d'économie." (00:10:01)"Si la planète était une banque, ça fait longtemps qu'on l'aurait sauvée." (01:21:58)"On a des PDG à stock-options ou propriétaires multimilliardaires qui viennent se cacher derrière la vertu du petit entrepreneur." (00:45:41)"Je crois qu'on existe par les autres et qu'on se sauve par les autres." (01:04:00)"La démocratie, ce n'est pas du consensus. C'est du conflit, mais organisé, verbalisé, institutionnalisé." (01:41:54)Idées centrales L'écologie comme la plus grosse insécurité (00:07:06) Pour Ruffin, l'écologie n'est pas un sujet parmi d'autres mais l'insécurité la plus grave qu'on refuse de traiter comme telle, parce qu'on préfère l'éviter psychologiquement plutôt que de regarder en face une "chronique d'une mort annoncée".Le logement, angle mort du pouvoir d'achat (00:27:53) La part du logement dans le budget des ménages est passée de 10 % à 30 % en vingt ans, avec des loyers en hausse de 80 % pendant que les salaires réels progressaient de 20 %. Ruffin en fait un sujet aussi central que les retraites, et un facteur direct de la chute de la natalité.Faire ensemble plutôt que vivre ensemble (01:05:47) Ruffin distingue une société qui cohabite (statique, côte à côte) d'une société qui avance vers un horizon commun. Sans projet partagé, il pense qu'un peuple s'épuise dans les jalousies et les boucs émissaires, comme un couple sans projet commun.Un État colonisé de l'intérieur (00:49:07) Plutôt que de parler de lobbying, Ruffin décrit un É
François Ruffin est député et journaliste, auteur de plusieurs documentaires et candidat à notre prochaine élection présidentielle.Je me méfie de moi-même quant il s'agit de faire des interviews politiques car je ne crois pas du tout que si tu parles à une personne pendant 2h tu fini par savoir ce qu'elle a dans le ventre.Alors j'ai proposé à François une discussion à bâton rompu, sur des tonnes de sujets à débuter par l'écologie comme la plus grande insécurité qu'on refuse de nommer, du logement comme premier problème de pouvoir d'achat en France, de la mondialisation que les Français n'ont jamais vraiment choisie, de l'intelligence artificielle qui menace autant les cadres que les ouvriers, et de la manière dont le Rassemblement National a construit sa progression en trois étages.J'ai questionné François Ruffin sur ses propres angles morts, sur ce que "faire ensemble" veut dire pour lui, et sur ce qu'il changerait dans l'école, la police et la fiscalité s'il en avait le pouvoir.Je crois que comme il le dit lui même c'est une discussion qu'on en entend rarement avec un politique : sans petite phrase, sans recherche de buzz, avec une vraie tentative de dire ce qu'il pense dans ses tripes.Citations marquantes"L'économie et l'argent, ce sont des imaginaires. Il n'y a pas d'argent, il n'y a pas d'économie." (00:10:01)"Si la planète était une banque, ça fait longtemps qu'on l'aurait sauvée." (01:21:58)"On a des PDG à stock-options ou propriétaires multimilliardaires qui viennent se cacher derrière la vertu du petit entrepreneur." (00:45:41)"Je crois qu'on existe par les autres et qu'on se sauve par les autres." (01:04:00)"La démocratie, ce n'est pas du consensus. C'est du conflit, mais organisé, verbalisé, institutionnalisé." (01:41:54)Idées centrales L'écologie comme la plus grosse insécurité (00:07:06) Pour Ruffin, l'écologie n'est pas un sujet parmi d'autres mais l'insécurité la plus grave qu'on refuse de traiter comme telle, parce qu'on préfère l'éviter psychologiquement plutôt que de regarder en face une "chronique d'une mort annoncée".Le logement, angle mort du pouvoir d'achat (00:27:53) La part du logement dans le budget des ménages est passée de 10 % à 30 % en vingt ans, avec des loyers en hausse de 80 % pendant que les salaires réels progressaient de 20 %. Ruffin en fait un sujet aussi central que les retraites, et un facteur direct de la chute de la natalité.Faire ensemble plutôt que vivre ensemble (01:05:47) Ruffin distingue une société qui cohabite (statique, côte à côte) d'une société qui avance vers un horizon commun. Sans projet partagé, il pense qu'un peuple s'épuise dans les jalousies et les boucs émissaires, comme un couple sans projet commun.Un État colonisé de l'intérieur (00:49:07) Plutôt que de parler de lobbying, Ruffin décrit un É
Lauren Bastide, journaliste, autrice et fondatrice du podcast Folie Douce et du livre "enfin seule". Dans cet moment qui est extrait d'un épisode plus long, nous parlons du célibat, de ce mot qu'on emploie sans trop savoir ce qu'il désigne vraiment, et de la pression bien plus forte qu'il fait peser sur les femmes que sur les hommes. J'ai questionné Lauren sur son dernier livre, Enfin seule (Allary Éditions, 2025), où elle raconte comment elle en est venue à transformer sa solitude en territoire de liberté plutôt qu'en échec à réparer. On remonte ensemble aux couvents du Moyen Âge, aux sorcières brûlées, à la vieille fille de Balzac, jusqu'aux applications de suivi de cycle utilisées aujourd'hui contre les femmes dans certains États américains. Une conversation sur la surveillance des corps féminins, hier et maintenant.Citations marquantes« Le célibat, c'est pas une position -1, c'est une position 0. »« Ce mot célibataire, je l'ai un peu fait tourner dans ma bouche pendant l'écriture du livre. Je ne vois pas à quoi ça fait référence, au fond. »« Un homme seul, ça va tout de suite renvoyer à un imaginaire d'artiste, de philosophe, d'ermite, de leader charismatique. Les femmes, dans leur solitude, vont être renvoyées à leur vie sexuelle et familiale. »« C'est vraiment les utérus des femmes qu'on a maintenus sous surveillance. »« Tu peux avoir le droit et avoir la possibilité, c'est deux choses différentes. »Idées centrales discutéesLe célibat comme position neutre, pas comme manque : redéfinir le célibat non pas comme l'absence de quelque chose, mais comme un point de départ neutre à partir duquel une relation peut apporter du bon ou du mauvais. Ça déplace la pression sociale qui pèse sur les personnes seules. [00:00-01:00]Un mot flou hérité du droit canon : "célibataire" ne voulait à l'origine dire qu'une chose, ne pas être marié. Le mot a fini par recouvrir des réalités très différentes (ados sans amoureux, femme de 40 ans avec une vie amoureuse active), ce qui montre à quel point il ne dit plus rien de précis sur la vie réelle des gens. [00:52-02:09]Une injonction genrée au couple : la solitude masculine est associée à la créativité et à la pensée (l'ermite, le philosophe), la solitude féminine à un échec personnel. Cette asymétrie n'est pas un hasard mais le résultat d'une construction sociale longue. [02:09-02:30]La surveillance historique des utérus : mariage, couvents, procès en sorcellerie, la figure de la vieille fille chez Balzac, autant de dispositifs qui ont organisé, sur des siècles, le contrôle de la capacité reproductive des femmes. [02:30-04:59]Le soulagement de ne plus être surveillée : Lauren raconte comment le sentiment le plus fort de sa solitu
Simon Porcher est économiste et il vient de publier "Nous sommes faits d'eau", un livre qui part d'un paradoxe intéressant à savoir que même si l'eau est rare, mais elle ne coûte presque rien et par conséquent, c'est impossible pour nous de le réaliser. Dans cet épisode, nous parlons de tout ce qui touche à l'eau, du plus intime (peut-on boire l'eau du robinet sans risque, faut-il un filtre, l'eau chaude est-elle dangereuse) au plus vertigineux (pourquoi les grands lacs du monde rétrécissent, comment des États s'accusent de voler la pluie de leurs voisins, pourquoi l'eau pourrait devenir la ressource géopolitique du siècle qui vient).J'ai questionné Simon sur les fausses bonnes idées autour de l'eau en bouteille, sur les méga-bassines et leur effet rebond, sur le cycle de l'eau qui se dérègle avec le climat, et sur ce qu'on appelle l'empreinte eau, celle qu'on porte sans le savoir dans chaque jean, chaque verre de vin, chaque steak. On termine sur une question toute simple que personne ne se pose jamais : pourquoi n'existe-t-il aucune gouvernance mondiale dédiée à l'eau, alors que tout le monde a soif ?Un épisode dense, parfois inquiétant, mais qui donne surtout envie de regarder l'eau qui coule du robinet avec un peu plus de respect.Citations marquantes"L'eau du robinet, c'est le produit alimentaire le plus contrôlé en France.""Si l'eau a un goût de chlore, c'est justement qu'elle a été bien désinfectée.""Il y a toujours la même quantité d'eau sur la planète. On boit la même eau que les dinosaures.""Les méga-bassines, ça retire l'idée de l'eau comme un bien commun.""Cette eau, y compris l'eau de la Seine, quelque part, on finit par la boire."Idées centrales discutéesL'eau potable ne représente presque rien sur Terre. Sur toute l'eau de la planète, 2,5 % seulement est douce, et sur cette part, moins de 1 % se trouve dans les rivières et les lacs, le reste étant coincé dans les glaciers ou les nappes profondes. Ça remet en perspective l'idée qu'on se fait d'une ressource abondante. Timestamp : ~00:45:00.Le mythe du filtre et de la bouteille. Un filtre Brita retire le goût du chlore mais ne protège pas contre les PFAS ni les microplastiques, et un filtre mal changé devient pire que l'eau brute. L'eau en bouteille, elle, contient aussi des polluants, parfois des traces d'excréments qui ont mené à la destruction de lots entiers. Timestamp : ~00:07:15 à 00:09:50.Le cycle de l'eau s'est dérégle avec le climat. La quantité d'eau sur Terre ne change pas, mais sa répartition dans le temps oui : plus de sécheresses en hiver, plus d'inondations au printemps, des sols trop secs qui n'absorbent plus rien. D'où l'idée de "villes éponges" capables de stocker l'eau de pluie au lieu de la laisser ruisseler vers les fleuves. Timestamp : ~00:22:00 à 00:28:40.Les méga-bassines, une adap
Dans cet épisode solo, je pars d'un concours de circonstances de la semaine dernière avec le partage de deux stories Instagram publiées l'une à la suite de l'autre, l'une avec une citation de Romain Lemire sur l'inceste ("le silence, c'est ce qui permet aux prédateurs d'agir"), l'autre avec un carrousel tiré de mon épisode avec Frédéric Semama sur l'inaction climatique. Des dizaines de personnes m'ont écrit pour me dire que les deux se faisaient écho et cam'a amené à réfléchir car ils avaient raison.Dans cet épisode, je parle de la violence invisible, je questionne pourquoi 61 672 morts en un seul été européen ne génèrent pas le même niveau d'urgence politique que ce qu'on appelle "l'insécurité". J'ai exploré trois concepts qui m'ont aidé à mettre des mots sur ce malaise : la violence symbolique de Bourdieu, la violence lente de Rob Nixon et l'homéopathisation de la violence de Maffesoli. Et à la fin, je plaide pour une seule chose : nommer. Parce que ce qui n'a pas de mot n'existe pas dans les institutions.CITATIONS MARQUANTES"Le silence, c'est ce qui permet aux prédateurs d'agir." — Romain Lemire, sur Vlan!"La vraie violence, en 2026, n'est pas uniquement celle dont on parle mais plutôt celle qu'on tait et que souvent on ne classe pas dans la bonne case." — Gregory Pouy"Il n'y a pas de monstre, il n'y a que des personnes qui font des choses monstrueuses." — Un juge, sur Vlan!"Ce qui n'a pas de mot pour le définir n'existe pas. Les mots créent de la réalité institutionnelle." — Gregory Pouy"Intégrer l'animalité permet d'éviter la bestialité." — Michel Maffesoli (rapporté par Gregory Pouy)IDÉES CENTRALES Big Idea 1 — La violence visible capte tout, la violence systémique tue en silenceExplication : L'agression dans le métro, la vitrine brisée font de bonnes images et définissent un "monstre". Les 61 672 morts européens de l'été 2022 (= 20x les homicides en France sur une décennie 2010-2020) ne font pas d'image et n'ont pas de coupable identifiable. Le débat politique, les lois et les budgets suivent les images, pas les chiffres. Pourquoi c'est important : C'est un mécanisme de détournement qui a des effets politiques réels et mesurables. Position : Section 2 (La violence que les caméras aiment)Big Idea 2 — La violence symbolique (Bourdieu) : le système qui se rend légitime aux yeux de ses victimesExplication : La domination la plus efficace est celle que les dominés perçoivent comme naturelle ou méritée. Pour l'inceste : silence institutionnel pendant des décennies. Pour le climat : dissémination de la responsabilité individuelle égale pour dédouaner les vrais auteurs. Pourquoi c'est important : Elle n'est pas un ajout à la
Boris Vallaud est un politique, Président du parti socialiste, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode.Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement.Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps. Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème.Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les "marchands d'ordre". Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même.J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé "la France sans usines". Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même,
Boris Vallaud est un politique, Président du parti socialiste, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode.Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement.Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps. Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème.Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les "marchands d'ordre". Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même.J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé "la France sans usines". Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même,
Alice Desbioles est médecin, je l'avais reçu en 2021 sur le sujet de l'anco-anxiété sur lequel elle a écrit un livre dans lequel elle documente, preuves scientifiques à l'appui, les effets de notre environnement sur notre santé physique et mentale.Je l'ai connu à travers ce livre et j'ai adoré cette conversation, pas sur les chiffres de la crise écologique comme la canicule que l'on traverse, mais sur ce qu'elle nous fait, à nous, en tant qu'êtres humains. Ce qu'elle révèle de nos contradictions. Et de notre incapacité collective à nous fixer des limites — alors que ces limites sont, littéralement, la condition de notre survie.Dans cet épisode, nous parlons de l'effet rebond technologique (plus de routes, plus de voitures ; plus de 5G, plus de temps sur l'écran), du sens des limites en médecine, de la métaphore des 24 heures de la Terre, de la liberté mal posée comme argument, de l'éco-anxiété comme signe de solidité psychique, du stress aigu versus chronique, et de la manière de repeindre nos villes en vert plutôt que de les fuir. J'ai aussi questionné Alice sur ce que la science documente sur les effets des forêts sur la santé. La réponse est vertigineuse.CITATIONS MARQUANTES"On est aussi, finalement, des grands enfants. Et là, il n'y a plus personne pour nous fixer de limites. Mais pourtant, ces limites, elles sont indispensables à notre survie."— Alice Desbioles"Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom."— Alice Desbioles"Le progrès, pour moi, c'est maximiser le bien-être. Et le bien-être, ce n'est pas que l'accumulation de technologies et de biens."— Alice Desbioles"L'éco-anxiété traduit déjà un certain courage, une certaine force de caractère, une certaine solidité qui nous permet d'avancer malgré toutes ces informations."— Alice Desbioles"Si on reprend à l'échelle des 24 heures, l'espace des 150 dernières années, c'est même pas un clignement d'œil. On a tout cramé, comme des ados."— Gregory PouyIDÉES CENTRALES (BIG IDEAS)1. L'effet rebond : la technologie ne résout jamais le problème qu'elle prétend résoudre (00:21)Plus tu rajoutes des routes, plus il y a de voitures. Plus la 5G est rapide, plus les gens passent de temps sur leur téléphone. L'innovation réplique la demande au lieu de la satisfaire. C'est une des lois les moins enseignées de notre rapport à la technique.2. Le sens des limites comme condition de survie collective (01:03)Alice le constate en réanimation : on va toujours plus loin, parfois contre la volonté des patients eux-mêmes. La même logique du "toujours plus" s'applique à la société entière. Les limites ne sont pas une contrainte : elles sont ce qui rend la vie possible. Les 9 limi
Harry Roselmack, journaliste et philosophe. Son dernier essai, L'amour malgré la peur, est une enquête métaphysique sur ce qui constitue vraiment la nature humaine et sur l'amour. Et il m'a semblé que pour un épisode 400 ca faisait vraiment du sens :)J'ai rencontré Harry une première fois et il y a quelque chose que j'aime dans notre façon de parler ensemble : on ne se ménage pas et on s'apprécie vraiment. On a eu une vraie conversation sur ce qui coince dans le monde aujourd'hui à commencer par la peur, l'économie comme fiction collective, la technologie sans sagesse, et puis cette idée que j'ai trouvé centrale qui est que l'on a tous du libre arbitre mais personne ne l'utilise vraiment.Dans cet épisode, nous parlons de métaphysique comme outil pratique et pas comme matière à thèse. J'ai questionné Harry sur ses propres peurs, sur ce qu'il pense de Dieu, sur la mort vue comme changement d'état, et sur son pari un peu fou : dans trois ou quatre générations, la sagesse sera la norme.CITATIONS MARQUANTES"Le courage, c'est pas de ne pas avoir peur. C'est d'affronter ses peurs — voire d'aimer les affronter.""On revendique le libre arbitre mais en vérité on ne l'utilise pas. On ne fait que réagir.""L'économie, c'est un imaginaire. Il n'y a pas d'argent, il n'y a pas d'économie concrètement. Et pourtant cet imaginaire est plus fort que le réel.""La mort, c'est un changement d'état. Ce n'est pas une chute dans le néant.""Dieu n'est pas amour. Dieu a choisi l'amour pour faire l'espace-temps."BIG IDEASLa peur n'est pas l'opposé de l'amour — elle en est l'obstacle (~00:26:20)L'amour est transcendant : on ne demande jamais à quelqu'un pourquoi il est amoureux. La peur, elle, est un produit de l'évolution gravé dans nos gènes via l'épigénétique. Elle masque cet amour et l'empêche de rayonner. Diminuer la peur, c'est laisser l'amour exister. C'est la thèse centrale du livre.Le libre arbitre qu'on revendique mais qu'on n'exerce pas (~00:38:53)À chaque stimulus, on réagit instinctivement au lieu de choisir. Harry appelle ça "le grand djihad" des sages musulmans : la guerre qu'on mène dans sa tête avant de la mener dans le monde. C'est là que tout se joue.L'économie est un imaginaire devenu plus puissant que le réel (~00:34:51)On savait depuis 70 ans ce qui allait se passer avec le climat. On a rien fait "à cause de l'économie." Mais l'économie n'existe pas concrètement — c'est une convention. Ce qui est vertigineux, c'est qu'une fiction soit devenue plus forte que la physique du monde.L'humanité est en émergence, pas aboutie (~00:37:00)Harry pense que l'anthropologie génèse n'est pas terminée. L'être humain guidé par la sagesse n'est pas encore là. On n'est plus
Edgar Morin, philosophe, sociologue, épistémologue, résistant, cinéphile, centenaire. Il est mort le 29 mai 2026 à 104 ans. Son dernier livre s'appelait Leçons d'un siècle de vie.J'avais son contact depuis le début de VLAN. On a des gens en commun. Et je n'ai jamais osé décrocher le téléphone, par peur de déranger. Chaque année, je me disais : non, cette fois c'est trop. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard. C'est la leçon la plus bête et la plus douloureuse que je retienne de sa disparition.Cet épisode solo est un hommage. Je me suis plongé dans ses dernières conférences et dans Leçons d'un siècle de vie pour en tirer trois idées fondamentales et trois leçons de vie. Pas des recettes, pas des listes à appliquer. Edgar Morin lui-même aurait détesté ça. Plutôt ce que sa pensée a changé dans ma façon de regarder le monde, l'IA, la complexité, l'amour, et ce qu'on appelle l'avenir.Dans cet épisode, je parle de la pensée complexe, de l'homo demens, de la transfiguration, de la poly-identité, de la navigation dans l'incertitude, et de ce qu'il appelait l'état poétique. J'aborde aussi ce que ça dit de l'intelligence artificielle, de la mondialisation ratée, et du mouvement des Gilets Jaunes.CITATIONS MARQUANTES"Toute vie est une navigation dans un océan d'incertitude à travers quelques îles ou archipels de certitude où on peut se ravitailler." — Edgar Morin"Je sens que j'approche des limites de la vie, mais je crois que le sentiment d'essayer d'être utile et de continuer à vivre dans les ferveurs de la poésie, de la vie, tout ceci m'entretient bien." — Edgar Morin"Ceux qui croient comprendre tous les problèmes humains uniquement à partir de l'économie oublient la religion, la foi, l'amour, qui ne relèvent absolument pas du calcul économique." — Edgar Morin"La poésie de la vie, suprêmement, c'est l'amour." — Edgar Morin"En sachant que vous êtes un moment dans cette aventure et que vous y participez. Alors essayez d'y participer de la meilleure façon." — Edgar Morin (à ses ~100 ans, sur comment garder confiance)IDÉES CENTRALES 1. L'erreur n'est pas un bug, c'est le moteur de la pensée (~07:19)Morin défend que toute connaissance est une traduction suivie d'une reconstruction. Il n'y a pas de différence fondamentale entre une perception et une hallucination. L'erreur a trois sources : le malentendu, la partialité et l'idéalisme. Ce troisième type est le plus redoutable : les idées qui finissent par nous gouverner non pas parce qu'on nous les impose, mais parce qu'on y croit sincèrement. Le solutionnisme technologique, la croissance comme valeur absolue, l'économie elle-même sont des exemples de cette servitude volontaire. Ce qui est frappant chez Morin, c'est qu'il distingue les erreurs fructueuses des erreurs stériles, et qu'il les analyse au lieu de les nier.
C’est la 2ème fois que je reçois un “Lemire” et chaque fois ce sont des épisodes fondamentaux pour Vlan!Le 1er frère que j’ai reçu c’était Vincent pour parler du conflit Israélo-Palestinien, 1 an après le 7 octobre. Un double épisode qui a beaucoup marqué. Cette fois, je reçois Romain, un de ses frères pour parler d’inceste.Romain a gagné le prix Goncourt du 1er roman pour “Clément”, une autobiographie romancée et ce livre m’a boulversé. J’ai moi même été en contact proche avec un pédophile lorsque j’étais enfant mais vu les chiffres ca n’a rien d’étonnant. Ce qui est tabou ce n’est pas l’inceste, c’est d’en parler….Avec ce livre, on rentre dans le Paris des années 80, dans la vie d'une famille bourgeoise intellectuelle, avec un père adoré, super prof de français, poétique, drôle, plein d'amis et qui violait ses fils depuis leurs 7 ans.Dans cet épisode, j'ai questionné Romain sur la mécanique du silence, sur ce que ça fait dans la tête d'un enfant qui ne sait même pas ce qu'est un pénis, sur la dissociation qui peut durer des décennies, sur les sabotages amoureux, sur la reconstruction. Nous parlons aussi des chiffres qui donnent le vertige, 160 000 enfants par an, 9 milliards d'euros de coût annuel en France. Et du courage de parler. Parce que, spoiler alerte, ça finit bien.Citations marquantes1. "Il faut un village pour violer un enfant. Il faut un violeur, et puis il faut tous les gens autour qui perçoivent des choses et qui se taisent."2. "Le silence ne protège pas. Il détruit."3. "C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas."4. "Quand on parle de l'inceste comme d'un tabou, effectivement le dire est tabou. Et donc ça, il faut en sortir. Parce que le faire n'est pas tabou. 160 000 enfants par an — on ne voit pas très bien où est le tabou."5. "Moi, pendant des décennies, je me disais: je suis condamné. Il n'y a aucune raison que j'en sorte. Et en fait, on n'est pas condamné à ça."Idées centrales discutéesL'inceste raconté à hauteur d'enfantRomain a fait un choix littéraire qui change tout: raconter l'inceste depuis la perspective de l'enfant, en temps réel. À 7 ans, Clément ne sait pas ce qu'est un pénis en érection. Il appelle ça "de l'huile." Il ne sait rien. C'est précisément pour ça qu'il ne peut ni nommer ni dénoncer. Ça retourne complètement la question "pourquoi il n'a rien dit?" — parce qu'un enfant n'a tout simplement pas les mots ni les cadres pour le faire.Timestamp: P1 ~00:10:30Le prédateur n'est pas le monstre qu'on imagineOn a tous en tête l'image du violeur dans le parking.
C’est la 2ème fois que je reçois un “Lemire” et chaque fois ce sont des épisodes fondamentaux pour Vlan!Le 1er frère que j’ai reçu c’était Vincent pour parler du conflit Israélo-Palestinien, 1 an après le 7 octobre. Un double épisode qui a beaucoup marqué. Cette fois, je reçois Romain, un de ses frères pour parler d’inceste.Romain a gagné le prix Goncourt du 1er roman pour “Clément”, une autobiographie romancée et ce livre m’a boulversé. J’ai moi même été en contact proche avec un pédophile lorsque j’étais enfant mais vu les chiffres ca n’a rien d’étonnant. Ce qui est tabou ce n’est pas l’inceste, c’est d’en parler….Avec ce livre, on rentre dans le Paris des années 80, dans la vie d'une famille bourgeoise intellectuelle, avec un père adoré, super prof de français, poétique, drôle, plein d'amis et qui violait ses fils depuis leurs 7 ans.Dans cet épisode, j'ai questionné Romain sur la mécanique du silence, sur ce que ça fait dans la tête d'un enfant qui ne sait même pas ce qu'est un pénis, sur la dissociation qui peut durer des décennies, sur les sabotages amoureux, sur la reconstruction. Nous parlons aussi des chiffres qui donnent le vertige, 160 000 enfants par an, 9 milliards d'euros de coût annuel en France. Et du courage de parler. Parce que, spoiler alerte, ça finit bien.Citations marquantes1. "Il faut un village pour violer un enfant. Il faut un violeur, et puis il faut tous les gens autour qui perçoivent des choses et qui se taisent."2. "Le silence ne protège pas. Il détruit."3. "C'est dans le narcissisme qu'il y a de la violence. Dans l'amour, il n'y en a pas."4. "Quand on parle de l'inceste comme d'un tabou, effectivement le dire est tabou. Et donc ça, il faut en sortir. Parce que le faire n'est pas tabou. 160 000 enfants par an — on ne voit pas très bien où est le tabou."5. "Moi, pendant des décennies, je me disais: je suis condamné. Il n'y a aucune raison que j'en sorte. Et en fait, on n'est pas condamné à ça."Idées centrales discutéesL'inceste raconté à hauteur d'enfantRomain a fait un choix littéraire qui change tout: raconter l'inceste depuis la perspective de l'enfant, en temps réel. À 7 ans, Clément ne sait pas ce qu'est un pénis en érection. Il appelle ça "de l'huile." Il ne sait rien. C'est précisément pour ça qu'il ne peut ni nommer ni dénoncer. Ça retourne complètement la question "pourquoi il n'a rien dit?" — parce qu'un enfant n'a tout simplement pas les mots ni les cadres pour le faire.Timestamp: P1 ~00:10:30Le prédateur n'est pas le monstre qu'on imagineOn a tous en tête l'image du violeur dans le parking. La réalité stat
Gwenaelle Persiaux, psychologue. Dans ce moment extrait d'un épisode très écouté, je l'ai invitée à décortiquer quelque chose qu'on croit comprendre mais qu'on applique rarement à soi-même : la théorie de l'attachement.Dans cet épisode, nous parlons des quatre styles d'attachement, de pourquoi les évitants ont les zones aveugles les plus épaisses, et de pourquoi on peut être parfaitement compétent au travail tout en étant un désastre dans l'intimité. J'ai questionné Gwenaelle sur comment identifier son propre style sans se raconter d'histoires, et sur ce que le genre a encore à voir là-dedans.Citations marquantes"Si je suis dans un couple mais je ne l'investis pas vraiment, j'y suis sans y être, au moins je risque moins d'être blessée.""Plus on est insécure, plus il y a des défenses, donc moins on a accès à la connaissance de soi.""Ça ressurgit quand on devient parent. Ça ressurgit dans les grosses crises de couple. C'est là où on est beaucoup plus poreux.""On peut être sécure au boulot et puis, quand tu t'intéresses à leur vie amoureuse, c'est beaucoup moins sécure.""Plutôt que de le prendre avec la tête, je préfère toujours laisser parler le corps et la résonance du cœur."Big Ideas1. Les quatre styles ne sont pas des cases, mais des boussoles Sécure, évitant, anxieux, désorganisé : chacun correspond à une stratégie construite inconsciemment pour survivre à ses blessures d'enfance. Ce ne sont pas des étiquettes, ce sont des cartes de navigation intérieure. Pourquoi c'est important : comprendre le cadre avant de se chercher dedans évite les auto-diagnostics bâclés. Timestamp : 00:35 - 06:18*2. On peut être compétent là où on s'est sécurisé, blessé là où on ne l'a pas fait Un bon soignant peut être complètement dépassé dans son couple. L'expérience professionnelle construit une sécurité fonctionnelle, mais les noyaux traumatiques non résolus ressurgissent dans l'intimité. Pourquoi c'est important : le succès visible masque souvent une fragilité invisible. Timestamp : 06:40 - 08:53*3. Les évitants sont les champions du déni de leur propre profil Par définition, ceux qui évitent les émotions évitent aussi l'introspection. Leur zone aveugle est la plus épaisse. C'est souvent le regard de l'autre, conjoint ou ami proche, qui crée la fissure dans l'image qu'ils ont d'eux-mêmes. Pourquoi c'est important : l'auto-évaluation seule ne suffit pas. Timestamp : 10:47 - 11:56*4. Le genre n'est pas neutre dans le style d'attachement Culturellement, les hommes sont encore orientés vers l'inhibition émotionnelle (évitants), les femmes vers l'expression et la demande (anxieuses). Les études restent nuancées, mais l'observation clinique le confirme largement. Pourquoi c'est importa
Merwan Mery a été négociateur au sein des forces spéciales françaises, fondateur de l'agence ADN et son dernier livre se nomme "L'élégance de la manipulation." Tout un programme :)Je me suis dit depuis longtemps que la négociation, c'était une compétence pour les autres, je me défini moi même comme "nul" dans le domaine, aussi parce que je n'aime pas le conflit. Et puis en lisant le livre puis en discutant avec Merwan je me suis rendu compte que j'avais tout faux. Il est né au Liban en 1975, son père a sauvé sa famille d'un peloton d'exécution par les seuls mots. Et depuis, Marwan a fait de ça une vie entière.Dans cet épisode, nous parlons de pourquoi éviter le conflit, c'est se condamner à perdre, des vrais leviers pour débloquer une négociation, de ce que Trump révèle d'un négociateur piégé par sa propre rhétorique, et de comment sortir quelqu'un d'une emprise sans jamais casser le lien.J'ai questionné Marwan sur les 6 mécanismes universels qui nous rendent tous perméables à la manipulation, sur la différence entre gain réel et gain perçu, sur la technique d'inoculation psychologique pour protéger quelqu'un qu'on aime et évidemment sur la manipulation.Citations marquantes"Je préfère gérer 100 psychopathes, 200 sociopathes, 400 pervers qu'un passif agressif. C'est pas une blague.""La clôture d'une négociation ne se fait que sur de la perception. Il n'y a rien de rationnel.""L'absence de résistance de ta part ne fera qu'augmenter le niveau d'exigence de l'autre.""On est tous manipulés, on est tous manipulateurs et on est tous manipulables.""Si vous ne décidez pas pour vous, les gens décideront pour vous. C'est le principe de l'indécision."Idées centrales Idée 1 — La manipulation n'est pas un défaut moral, c'est une nécessité humaine Marwan distingue l'influence de la manipulation par un seul critère : l'intention. Pas l'acte. On manipule tous dès l'enfance, avant même de savoir parler — dès qu'on oriente la réalité pour obtenir quelque chose. Ne pas exercer d'influence sur l'autre, c'est se soumettre à lui. Refuser cette réalité ne protège pas, ça fragilise. C'est pourquoi se réconcilier avec la manipulation, c'est le début de la liberté. Timestamp : 02:17 – 20:30Idée 2 — Distinguer position et enjeu : la clé de 100% des conflits Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel qui n'a, dans la quasi-totalité des cas, rien à voir avec elle. La prise d'otage de Munich en 1972 ? La position, c'est la libération de prisonniers. L'enjeu, c'est la cause palestinienne. Tant qu'on répond à la position, on ne résout rien. La seule voie, c'est de comprendre ce qu'il y a en dessous — et c'est toujours caché. Timestamp : 09:47 – 11:00Idée 3 — L'ICP, intérêt commun partagé : transcender le conflit plutôt q
Merwan Mery a été négociateur au sein des forces spéciales françaises, fondateur de l'agence ADN et son dernier livre se nomme "L'élégance de la manipulation." Tout un programme :)Je me suis dit depuis longtemps que la négociation, c'était une compétence pour les autres, je me défini moi même comme "nul" dans le domaine, aussi parce que je n'aime pas le conflit. Et puis en lisant le livre puis en discutant avec Merwan je me suis rendu compte que j'avais tout faux. Il est né au Liban en 1975, son père a sauvé sa famille d'un peloton d'exécution par les seuls mots. Et depuis, Marwan a fait de ça une vie entière.Dans cet épisode, nous parlons de pourquoi éviter le conflit, c'est se condamner à perdre, des vrais leviers pour débloquer une négociation, de ce que Trump révèle d'un négociateur piégé par sa propre rhétorique, et de comment sortir quelqu'un d'une emprise sans jamais casser le lien.J'ai questionné Marwan sur les 6 mécanismes universels qui nous rendent tous perméables à la manipulation, sur la différence entre gain réel et gain perçu, sur la technique d'inoculation psychologique pour protéger quelqu'un qu'on aime et évidemment sur la manipulation.Citations marquantes"Je préfère gérer 100 psychopathes, 200 sociopathes, 400 pervers qu'un passif agressif. C'est pas une blague.""La clôture d'une négociation ne se fait que sur de la perception. Il n'y a rien de rationnel.""L'absence de résistance de ta part ne fera qu'augmenter le niveau d'exigence de l'autre.""On est tous manipulés, on est tous manipulateurs et on est tous manipulables.""Si vous ne décidez pas pour vous, les gens décideront pour vous. C'est le principe de l'indécision."Idées centrales Idée 1 — La manipulation n'est pas un défaut moral, c'est une nécessité humaine Marwan distingue l'influence de la manipulation par un seul critère : l'intention. Pas l'acte. On manipule tous dès l'enfance, avant même de savoir parler — dès qu'on oriente la réalité pour obtenir quelque chose. Ne pas exercer d'influence sur l'autre, c'est se soumettre à lui. Refuser cette réalité ne protège pas, ça fragilise. C'est pourquoi se réconcilier avec la manipulation, c'est le début de la liberté. Timestamp : 02:17 – 20:30Idée 2 — Distinguer position et enjeu : la clé de 100% des conflits Derrière chaque position affichée se cache un enjeu réel qui n'a, dans la quasi-totalité des cas, rien à voir avec elle. La prise d'otage de Munich en 1972 ? La position, c'est la libération de prisonniers. L'enjeu, c'est la cause palestinienne. Tant qu'on répond à la position, on ne résout rien. La seule voie, c'est de comprendre ce qu'il y a en dessous — et c'est toujours caché. Timestamp : 09:47 – 11:00Idée 3 — L'ICP, intérêt commun partagé : transcender le conflit plutôt q
Ceci est un épisode Solo et donc une lecture de ma newsletter à laquelle vous pouvez vous abonner juste ici - Je vous invite également à participer à ma cagnotte sur Tipeee, c'est juste là.j'ai beaucoup approché ce sujet sans jamais en parler directement alors dans cet épisode, je parle de l'épuisement systémique, pas de fatigue passagère. J'interroge l'incertitude comme carburant silencieux de notre surcharge cognitive, l'accélération décrite par Hartmut Rosa, la pression financière documentée par Antoine Foucher, le capitalisme de la jouissance analysé par Michel Clouscard, la machine à attention qui se nourrit de notre peur, et l'isolement silencieux de nos grandes villes. J'ai questionné aussi le grand mensonge de la productivité, et ce que Viktor Frankl, Pablo Servigne, Byung Chul Han et Olivier Hamant ont chacun à nous dire sur comment traverser ça sans se noyer. Et je finis par trois directions concrètes, pas des solutions miracles, juste des pas de côté qui permettent de ne pas s'épuiser à nager à contre-courant.Citations marquantes"Notre réponse à l'épuisement est presque toujours la même : on essaie de trouver une méthode pour optimiser. Et c'est là que ça devient pathétique, parce que même ceux qui veulent ralentir adorent une méthode pour le faire rapidement.""L'amygdale ne fait pas vraiment la différence entre 'un lion va me dévorer' et 'je ne sais pas ce qui va se passer dans six mois avec mon boulot, mon loyer, la géopolitique, l'IA ou le prix de l'énergie.' Les deux produisent de l'épuisement.""On n'a jamais été aussi optimisé et pourtant on n'a jamais eu aussi peu de temps.""L'ennui est biologiquement plus proche de l'énergie que de la léthargie. Le vide n'est pas un problème à remplir, c'est une condition nécessaire à la pensée profonde.""L'épuisement que vous ressentez n'est pas une faiblesse. C'est une réponse rationnelle à un système qui n'est pas conçu pour l'humain."Idées centrales 1. L'épuisement est systémique, pas personnel Ce n'est pas parce que vous êtes mal organisé ou pas assez zen. Nous sommes collectivement victimes d'un système qui n'est pas conçu pour l'humain, avec des ressources inégales pour y faire face. L'individualiser, c'est exactement ce que le système veut qu'on fasse. [~03:00]2. Notre cerveau est une machine à prédire coincée dans un monde imprévisible Pendant des millions d'années, l'anticipation était une question de survie. Aujourd'hui, cette même mécanique tourne en surchauffe permanente face à des menaces diffuses et globales qu'elle ne peut ni identifier clairement ni neutraliser. C'est là que commence l'épui
Vincent Message est un écrivain bien connu mais j’étais passé totalement à coté. Son dernier roman, La folie océan, plonge dans les entrailles d'une mer qu'on croit connaître et qu'on ignore presque totalement.Mais je me suis surtout intéressé à Vincent pour son roman Défaite des maîtres et possesseurs, dont le pitch m’a vraiment intéressé. imaginez un monde où une espèce supérieure traite les humains exactement comme nous traitons les animaux d'élevage c’est à dire des humains en ferme et domestiqués mais qui vont également à l'abattoir. C'est un miroir tendu vers nos propres comportements et ce qui m'a frappé chez Vincent, c'est sa capacité à porter des convictions profondes sur l'écologie et la cause animale tout en refusant absolument la caricature. Ses romans sont des espaces où la complexité du monde trouve une forme littéraire.Dans cet épisode, nous parlons de la mécanique des bonnes histoires, de ce que ça fait à un auteur de se décentrer radicalement, de la dystopie devenue un genre mainstream parce que notre réalité l'est devenue, de la violence ordinaire au travail, de l'IA comme outil et comme menace silencieuse, et de cette question qui m'obsède : qu'est-ce qui nous donne encore envie du futur ?J'ai questionné Vincent sur son rapport à la joie, sur les limites planétaires, sur le biocentrisme comme seule réponse rationnelle à la crise, et sur ce que la fiction peut faire que l'essai ne fera jamais.Citations marquantes"C'est de notre vivant qu'on a franchi sept des neuf limites planétaires. C'est de notre vivant que la croissance de la population humaine se met à accentuer de façon dramatique la finitude des ressources.""On a fait de cette Terre, pour les animaux, un enfer permanent, quotidien, de leur naissance à leur mort.""La dystopie est devenue mainstream. Et ça en dit long sur la manière dont notre réalité elle-même est devenue dystopique dans ce laps de temps.""Chaque fois que tu demandes à une IA au lieu d'un ami, tu rates une occasion de renforcer ton bien-être émotionnel.""Ce à quoi il faut claquer la porte, c'est l'anthropocentrisme. Si nous n'agissons que dans les intérêts humains de court terme, des fractions les plus aisées de la population mondiale, on va vraiment droit dans le mur."Idées centrales discutées 1. Le décentrage comme outil éthique fondamental ~0:11:35 – 0:17:26 Dans Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent inverse les rôles : une espèce supérieure domine les humains exactement comme nous dominons les animaux. Ce n'est pas un gimmick de SF. C'est une expérience de pensée héritée du XVIIIe siècle — le Huron chez Voltaire, Gulliver chez Swift — qui force le lecteur à voir ses propres comportements depuis l'extérieur. Se décentrer, c'est la condition pour remettre en questio
Priscille Béguin, experte en risques climatiques et ceci est un moment, c'est à dire un extrait d'un épisode plus long dont je vous mets le lien un peu plus bas.Dans ce "moment", je parle avec Priscille de quelque chose qui me préoccupe vraiment depuis que j'ai choisi de m'installer au Portugal : est-ce qu'on prend encore les bonnes décisions quand on choisit où vivre? Parce qu'on raisonne encore avec les données météo d'aujourd'hui, voire d'hier, alors que le sol se dérobe sous nos pieds. Nice à 40 degrés vingt jours par an dans dix ans. Paris avec les températures de Montréal si le Gulf Stream s'arrête. Ce ne sont pas des scénarios de science-fiction, ce sont des modèles sérieux. Et pourtant, les gens continuent d'acheter en bord de Méditerranée comme si rien n'allait changer.J'ai questionné Priscille sur les mécanismes concrets qui expliquent ces bouleversements, sur ce qu'on sait vraiment du Gulf Stream et ce qu'on ne sait pas encore, et sur les outils pratiques pour prendre des décisions immobilières un peu moins aveugles. Elle m'a parlé du portail GeoRisques, un site gouvernemental que presque personne ne consulte avant d'acheter, et de ce que la température extérieure fait concrètement à la qualité de vie et de sommeil.C'est un moment qui donne envie de relire le contrat d'achat de sa maison.Citations marquantes"Dans 10 ans, à Nice, il fera 40 degrés 20 jours par an. Donc on va vivre enfermé deux, trois mois dans l'année.""Paris est à la même latitude que Montréal. Donc s'il n'y a pas cet effet de tirage de l'eau chaude des Caraïbes, on se retrouve avec exactement la même température qu'à Montréal.""On sait pas déterminer réellement la limite qui fait que ça bascule et que ça s'arrête.""C'est pas juste dans 25 ans. Même ne serait-ce que demain, dans 5 ans, dans 10 ans, ce sera déjà pas comme aujourd'hui.""S'il fait 42 degrés 10 jours par an, ces 10 jours par an seront extrêmement pénibles, surtout si la nuit il fait 35."Idées principales1. Le choix de vie est un choix climatique (00:20 à 01:47) On choisit où l'on vit pour le travail, la famille, les amis, la météo. Mais ces critères sont désormais instables : ce qui rendait Nice agréable en 2024 peut en faire un endroit difficile à vivre en 2035. L'idée que le cadre de vie est fixe est une illusion. Anticiper, même à 5 ou 10 ans, devient une nécessité.2. Le Gulf Stream : une bascule possible, pas encore datée (02:24 à 06:46) Le Gulf Stream, ce courant qui pompe l'eau chaude des Caraïbes vers l'Europe de l'Ouest, ralentit sous l'effet de la fonte des glaces. Une interruption brutale est possible, car ça s'est déjà produit dans l'histoire de la Terre. Résultat potentiel pour la France : les températures de Montréal. On ne sait ni si ça ar
Frédéric Samama est auteur de L'énigme de l'inaction climatique et pionnier de la finance verte et alors que nous vivons un de ces épisodes de canicule aujourd'hui, il m'a semblé essentiel d'essayer de comprendre pourquoi nous savons depuis 70 ans et nous ne faisons rien. En 2009, il a monté le premier centre de recherche mondial sur la finance et le climat, lancé les premiers indices low carbone et créé la première coalition d'investisseurs à la COP21. Et pourtant, son livre ne parle pas de finance. Il parle de cerveau, d'histoire, de philosophie et d'une question qui l'obsède depuis cinq ans : pourquoi, sur un problème que tout le monde connaît, que l'on a créé, et qui nous menace en tant qu'espèce, on n'arrive pas à bouger ?Dans cet épisode, nous parlons de neurosciences cognitives, d'inférence bayésienne, de moments fromages dans l'histoire de l'humanité, et du lien entre capitalisme, néolibéralisme et perte de nos réflexes moraux. J'ai questionné Frédéric sur l'overview effect des astronautes, sur Lévinas et la philosophie du visage, sur Jean Cavaillès et la résistance, et sur ce que tout ça dit de notre capacité à réinventer nos représentations du monde face à l'urgence climatique.Citations marquantes"Sur un problème où tout le monde est au courant, qu'on a créé, et qui nous menace en tant qu'espèce — pourquoi diable, on n'arrive pas à se mettre en mouvement ?" (0:29:00)"Le capitalisme, c'est comment tu fais vivre des gens ensemble en dehors de règles morales et religieuses. Et maintenant qu'on fait face à un défi moral, qui est le défi du climat, on ne sait plus faire." (0:19:30)"Face à l'enjeu moral, c'est l'action qui doit prévaloir — et pas la réflexion de est-ce qu'on est optimiste, négatif, et ainsi de suite." (1:06:44)"On a voulu détendre le lien social. En cas de problème, il n'y a plus personne, et donc il n'y a plus de devoir — on ne demande que des droits." (0:26:30)"Le climat, ce n'est plus seulement la plus grosse menace. C'est aussi la plus belle opportunité de réapprendre à vivre ensemble, nous, les 8 milliards de personnes sur Terre." (1:12:00)Big Ideas1. Notre cerveau construit des modèles à partir de signaux — et s'y enferme L'inférence bayésienne selon Stanislas Dehaene : le cerveau observe des signaux et fabrique des lois du monde. Agassi qui lit le service de Becker, le bébé qui comprend la gravité, le rat dans le labyrinthe — tous fonctionnent pareil. Le problème : une fois le modèle établi, on arrête de le mettre à jour. On entre en surconfiance. C'est exactement ce qui se passe avec le climat : on sait, mais on ne change pas de modèle. (0:02:37)2. L'histoire humaine s'est organisée autour de "moments fromages" — et le climat en exige un nouveau Deux grandes ruptures : l'agriculture et la science moderne (accès aux ress
Gregory Pouy, consultant, conférencier et fondateur du podcast Vlan!Dans ce solo, je lis ma newsletter sur un sujet qui m'obsède depuis un printemps passé à me traîner avec les yeux qui coulent et le nez bouché. Une allergie au pollen. Ça m'a paru absurde à un moment : comment mon corps peut-il traiter la nature comme une menace ? Et de là, j'ai tiré un fil. Un fil qui m'a mené à Paracelse, à l'hormèse, à David Strachan, à Anique de Bruin et finalement à une question beaucoup plus large : et si nos sociétés avaient systématiquement éliminé des résistances qui nous étaient nécessaires ?Ce solo est dans la continuité de mon épisode sur les frictions mais cette fois, je me concentre sur le corps. Sur le système immunitaire. Sur le cerveau. Sur ce que la biologie nous apprend du fonctionnement du vivant depuis 2,4 milliards d'années et que l'idéologie du confort a balayé en deux générations.Dans cet épisode, je parle de l'hormèse et de ses 9 000 modèles doses-réponses documentés, de l'explosion des allergies depuis les années 1960 dans les pays industrialisés, de ce que perdent les enfants nés par césarienne ou élevés loin de la nature et des microbes, de la réserve cognitive et de pourquoi les mots croisés que votre mère fait depuis trente ans ne lui servent à rien neurologiquement, des nudges et des sludges selon la Royal Society Open Science et finalement de ce que ça dit sur notre rapport à l'effort, à la Silicon Valley et à l'intelligence artificielle.Je ne prêche ni pour la souffrance, ni pour le retour en arrière. Je tente juste de poser la question honnêtement : lesquelles des frictions qu'on a supprimées méritaient de rester ?3. Citations marquantes"Comment puis-je être allergique à la nature ? Comment mon corps peut-il traiter le pollen comme une menace ? Ça n'a aucun sens évolutif.""Supprimer l'effort, c'est supprimer le signal. Et sans signal, pas de réponse adaptative.""Le microbiome infantile n'est pas un risque à gérer mais un entraîneur. Il éduque le système immunitaire en lui présentant une diversité de micro-organismes à dose adaptée, exactement comme un entraîneur qui fait travailler un athlète sur des exercices progressivement plus difficiles.""Ce n'est pas la présence de microbes qui est problématique, c'est leur absence.""Ce qui ne vous tue pas ne vous rend pas automatiquement plus fort. Mais ce qui vous préserve de tout ce qui pourrait vous blesser vous rend certainement plus fragile."4. Idées centrales (Big Ideas)1. La courbe en J de l'hormèse : le stress optimal n'est pas zéroExplication : L'hormèse désigne une réponse biphasique au stress : une faible dose stimule tandis qu'une forte dose inhibe. Le point optimal se situe juste au-dessus du seuil d'inconfort, pas dans le confort
Albina du Boisrouvray est philanthrope, productrice de cinéma et autrice de Naviguer l'existence. Venue d'une bonne famille, elle a donné la quasi-totalité de sa fortune à sa fondation FXB pour sortir 100 000 personnes de l'extrême pauvreté.Je connais peu de trajectoires aussi denses que celle d'Albina. Militante écologiste dans les années 70 quand personne n'écoutait, productrice de cinéma dans un milieu misogyne, candidate aux législatives en 78, et puis surtout : mère d'un fils de 24 ans mort dans un accident d'hélicoptère, celui dans lequel se trouvait aussi Daniel Balavoine. Ce que j'aime chez Albina, c'est qu'elle n'est pas dans la posture. Elle dit qu'elle ne sait pas toujours comment elle a tenu. Elle dit qu'elle a parfois tort. Elle dit que son manque d'études l'a probablement rendue plus libre que si elle avait fait l'ENA.Dans cet épisode, nous parlons de deuil, de sens, de résilience et de cette méthode qu'elle a inventée contre l'avis de tout le monde, "la graduation approach", qui transgresse la doxa du micro-crédit. J'ai questionné Albina sur les bouées qu'elles considèrent comme la colonne vertébrale de toute son existence : ne jamais se pourrir le présent pour un futur qu'on ne peut pas imaginer.Citations marquantes"La mort aura toujours le dernier mot. Mais qu'elle n'ait pas le dernier mot plus vite qu'elle devrait l'avoir.""La résilience, c'est apprendre à vivre avec. Pas s'en débarrasser. Vivre avec.""Quand j'ai vu que les gens à qui on apportait tout ça, leurs yeux s'illuminaient — ça réallumait ma propre capacité à ressentir du bonheur.""Quand on est convaincu d'avoir raison, il faut aussi questionner ça. Il faut tout questionner.""Ne jamais se pourrir le présent pour un avenir qu'on ne peut absolument pas imaginer, parce qu'il ne se passe jamais comme on l'a imaginé."Idées centrales 1. La résilience n'efface pas la douleur — elle l'intègre Titre : "Apprendre à vivre avec, pas à guérir" Albina ne dit pas qu'elle a "surmonté" la mort de son fils. Elle dit qu'elle a appris à vivre avec l'amputation. Ce décalage — entre guérir et intégrer — change tout dans la manière dont on traverse les épreuves. Cyrulnik lui a donné les mots. La vie lui a donné la méthode. Pourquoi c'est important : On vend trop souvent la résilience comme une victoire sur la douleur. Albina dit l'inverse : c'est une coexistence. Timestamp : ~07:00–10:052. Donner aux autres peut rallumer ce qu'on croyait éteint en soi Titre : "Le bonheur des autres comme carburant personnel" Ce n'est pas de la générosité romantique. C'est une mécanique très précise : quand tu vois les yeux de quelqu'un s'illuminer parce que tu lui as apporté quelque chose, ça rouvre ta propre capacité à ressentir. Albina l'a découvert au Liban en 1987, un an
Jean David Zeitoun, gastro-entérologue et auteur, est un des rares médecins à dire ce que les responsables politiques ne veulent pas entendre. Ceci est un passage très très écouté du podcast, c'est la raison pour laquelle nous l'avons sélectionné comme un moment.Dans ce moment, je parle avec Jean David Zeitoun d'un paradoxe qui me frappe depuis longtemps : comment peut-on se féliciter des progrès de la médecine pendant que l'obésité explose, que des cancers touchent des gens de 35 ans, et que la mortalité infantile repart à la hausse en France ? J'ai questionné Zeitoun sur les vrais ennemis de notre santé au XXIe siècle, ces "méchants" que nos dirigeants ne regardent pas encore en face : l'alimentation ultra-transformée et la pollution. On parle aussi de la réaction de Maillard, de NASH, de maladie de Crohn, et de ce qui se passe réellement dans notre corps quand on mange des produits qu'on ne reconnaîtrait pas dans la nature. Citations marquantes"L'espérance de vie, c'est l'indicateur qui se modifie trop tardivement. Quand elle commence à baisser, vous êtes déjà en état de dégradation avancée.""Les méchants typiques du XXIe siècle, c'est l'alimentation et l'environnement. Les leaders politiques résonnent encore avec la mentalité du XXe siècle.""Il y a une quinzaine de cancers en Europe pour lesquels la fréquence augmente plus vite que la démographie, chez des gens entre 35 et 50 ans. On n'en parle jamais.""Les calories ne font pas tout. Vous pouvez avoir à calories égales des aliments beaucoup plus mauvais pour la santé juste parce qu'ils ont été ultra-transformés.""Pour naviguer entre les risques alimentaires, il faut beaucoup de connaissances, beaucoup de moyens et pas mal de temps. Ça veut dire qu'il faut une intervention, sinon ça ne se résoudra pas tout seul."Big Ideas1. L'espérance de vie est un mauvais indicateur de santé publique (~00:45) On se rassure avec l'espérance de vie, mais c'est un indicateur qui réagit trop tard. Quand elle commence à baisser, comme aux États-Unis depuis 10 ans, c'est qu'on est déjà dans une crise profonde. Il faut regarder d'autres signaux, plus précoces et plus révélateurs.2. Les cancers précoces, un angle mort politique et médiatique (~01:21) Une quinzaine de cancers progressent en Europe plus vite que la démographie chez les 35-50 ans. Personne n'en parle. Ce silence dit beaucoup sur notre incapacité collective à regarder les vrais problèmes en face quand ils n'entrent pas dans les narratifs dominants.3. L'alimentation est le nouveau tabac, sans la taxe (~02:30) Le XXe siècle a su identifier le tabac et l'alcool comme ennemis de santé publique et agir dessus (lentement, mais quand même). Le XXIe a deux nouveaux enn
Julien Villeret dirige l'innovation du groupe EDF, on s'est retrouvés un jour de pluie, ce qui tombait plutôt bien pour parler d'énergie. Julien est l'un de ces rares interlocuteurs capables de parler du mix énergétique français sans perdre la nuance ni tomber dans le discours institutionnel. Il connaît le sujet de l'intérieur, et il n'a pas peur d'aller là où ça grince.Dans cet épisode, nous parlons de nucléaire, bien sûr, mais aussi de ce qu'on ne comprend pas sur l'électricité en général. J'ai questionné Julien sur les déchets nucléaires (leur volume réel vous va surprendre), sur les compétences qu'on a perdues en arrêtant de construire des centrales, sur pourquoi une voiture électrique en Allemagne, c'est techniquement une voiture au charbon, et sur l'hydrogène, qu'on nous vend comme la grande révolution alors que la réalité est beaucoup plus complexe.On parle aussi de fusion nucléaire, de SMR, de la panne en Espagne, du compteur Linky, de l'IA et de sa consommation d'énergie, et des SAF, ces carburants d'aviation qui permettent de voler à neutralité carbone dès aujourd'hui.Ce qui m'a frappé dans cet échange, c'est la posture. Julien ne survend pas, il ne minimise pas. Il essaie juste de remettre des faits là où il y a trop souvent des fantasmes.CITATIONS MARQUANTES1. "Si on n'a plus d'énergie, on n'a plus de plastique. Et si on n'a plus de plastique, on n'a plus d'hôpitaux." (Julien Villeret, ~0:03:44)2. "Tous les déchets nucléaires produits par le parc français depuis les années 60, c'est en gros deux piscines olympiques en volume." (Julien Villeret, ~0:17:25)3. "Une centrale nucléaire, ça ne peut pas exploser. C'est un fantasme." (Julien Villeret, ~0:36:26)4. "Les plus grandes batteries du monde aujourd'hui, ce sont des barrages." (Julien Villeret, ~0:11:15)5. "On a arrêté de construire des centrales pour des raisons idéologiques. Les gens qui savaient faire sont partis à la retraite." (Julien Villeret, ~0:26:25)IDÉES MARQUANTES1. L'énergie est consubstantielle à la civilisation, pas optionnelle Timestamp : ~0:02:51 L'énergie n'est pas un confort ou un luxe, c'est le socle de tout : la santé, la nourriture, la fabrication industrielle, la vie moderne dans son entier. Le rejet d'une écologie radicale par les populations vient en partie de là : on leur demande de renoncer à quelque chose qui est aussi fondamental que l'air qu'ils respirent. Pourquoi c'est important : tant qu'on ne pose pas ce cadre, on ne peut pas avoir un débat énergétique honnête.2. L'électricité propre ou sale dépend de comment elle est produite, pas de comment elle est consommée Timestamp : ~0:07:00 Une voiture électrique en France est l'une des plus propres au monde. La même voiture en Allemagne fonctionne au charbon. Ce n'est pas l'usage qui définit l'emp
Julien Villeret dirige l'innovation du groupe EDF, on s'est retrouvés un jour de pluie, ce qui tombait plutôt bien pour parler d'énergie. Julien est l'un de ces rares interlocuteurs capables de parler du mix énergétique français sans perdre la nuance ni tomber dans le discours institutionnel. Il connaît le sujet de l'intérieur, et il n'a pas peur d'aller là où ça grince.Dans cet épisode, nous parlons de nucléaire, bien sûr, mais aussi de ce qu'on ne comprend pas sur l'électricité en général. J'ai questionné Julien sur les déchets nucléaires (leur volume réel vous va surprendre), sur les compétences qu'on a perdues en arrêtant de construire des centrales, sur pourquoi une voiture électrique en Allemagne, c'est techniquement une voiture au charbon, et sur l'hydrogène, qu'on nous vend comme la grande révolution alors que la réalité est beaucoup plus complexe.On parle aussi de fusion nucléaire, de SMR, de la panne en Espagne, du compteur Linky, de l'IA et de sa consommation d'énergie, et des SAF, ces carburants d'aviation qui permettent de voler à neutralité carbone dès aujourd'hui.Ce qui m'a frappé dans cet échange, c'est la posture. Julien ne survend pas, il ne minimise pas. Il essaie juste de remettre des faits là où il y a trop souvent des fantasmes.CITATIONS MARQUANTES1. "Si on n'a plus d'énergie, on n'a plus de plastique. Et si on n'a plus de plastique, on n'a plus d'hôpitaux." (Julien Villeret, ~0:03:44)2. "Tous les déchets nucléaires produits par le parc français depuis les années 60, c'est en gros deux piscines olympiques en volume." (Julien Villeret, ~0:17:25)3. "Une centrale nucléaire, ça ne peut pas exploser. C'est un fantasme." (Julien Villeret, ~0:36:26)4. "Les plus grandes batteries du monde aujourd'hui, ce sont des barrages." (Julien Villeret, ~0:11:15)5. "On a arrêté de construire des centrales pour des raisons idéologiques. Les gens qui savaient faire sont partis à la retraite." (Julien Villeret, ~0:26:25)IDÉES MARQUANTES1. L'énergie est consubstantielle à la civilisation, pas optionnelle Timestamp : ~0:02:51 L'énergie n'est pas un confort ou un luxe, c'est le socle de tout : la santé, la nourriture, la fabrication industrielle, la vie moderne dans son entier. Le rejet d'une écologie radicale par les populations vient en partie de là : on leur demande de renoncer à quelque chose qui est aussi fondamental que l'air qu'ils respirent. Pourquoi c'est important : tant qu'on ne pose pas ce cadre, on ne peut pas avoir un débat énergétique honnête.2. L'électricité propre ou sale dépend de comment elle est produite, pas de comment elle est consommée Timestamp : ~0:07:00 Une voiture électrique en France est l'une des plus propres au monde. La même voiture en Allemagne fonctionne au charbon. Ce n'est pas l'usage qui définit l'emp
C'est un épisode tiré de ma newsletter (abonnez-vous) que je n'avais pas prévu de faire. J'ai vu passer une info entre la story d'un anniversaire et une recette de cuisine : 62 millions de visites en un mois pour un site qui enseigne à droguer et violer des femmes. J'ai été choqué, j'ai partagé, et j'ai continué ma journée mais c'était impossible.En qualité d'homme, me taire sur ce sujet ferait de moi un complice. Alors j'ai passé plusieurs semaines à lire des études, écouter des podcasts, regarder des documentaires. Plus d'une vingtaine de sources académiques publiées entre 2021 et 2025, bell hooks, Scott Galloway, Niobe Way, Olivia Gazalé, le rapport 2025 du Haut Conseil à l'Égalité, le podcast "Des mecs solides" d'Arte Radio.Dans cet épisode, je parle du chemin, plus court qu'on ne le croit, entre un garçon de 18 ans seul et sans boussole, et une communauté qui lui enseigne la haine. J'ai questionné ce que ça dit du monde qu'on a construit : on a transformé la condition féminine en quelques décennies sans jamais proposer aux hommes une nouvelle façon d'être des hommes. J'y parle aussi des algorithmes qui exposent un ado à du contenu masculiniste en 9 minutes. De l'amitié masculine qu'on n'a jamais appris à construire. De Marvin, 18 ans, qui s'en est sorti. Et de ce qu'on pourrait faire autrement.Ce n'est pas un épisode pour justifier quoi que ce soit. C'est un épisode pour comprendre, parce que sans comprendre, on ne changera rien.Citations marquantes« La personne la plus dangereuse du monde, c'est un jeune homme seul et sans le sou. Or la société n'en a jamais autant produit. » — Scott Galloway« Les hommes ne sont pas en crise, mais ils font des crises, jusqu'au point de tuer des femmes. » — Francis Dupuis-Déry« On ne peut pas guérir dans l'isolement. Une culture de la guérison qui donne aux hommes les moyens de changer est en train de naître. » — bell hooks« C'est pas de ta faute, c'est la faute des femmes, des féministes, des woke. Une simplification pour répondre à une souffrance qui est, elle, réelle. » — Pauline Ferrari« En réalité, les hommes souffrent et toute la culture leur dit : s'il vous plaît, ne nous confiez pas ce que vous ressentez. » — bell hooksBig Ideas1. On a changé le monde sans changer les représentations masculines La condition féminine a évolué en quelques décennies, une révolution sans précédent historique. Mais les imaginaires masculins, eux, n'ont pas bougé. Des millions d'hommes se retrouvent sans carte pour naviguer cette réalité. Olivia Gazalé le met en perspective : toutes les crises de la virilité se ressemblent, sauf celle-ci — parce que cette fois, les règles du jeu ont vraiment changé. Timestamp es
Camille Peugny est sociologue et auteur du livre Le triomphe des égoïsmes. Il y a des chercheurs qui vous donnent des concepts nouveaux pour regarder ce que vous voyez déjà tous les jours, et Camille est clairement de ceux-là.Dans cet épisode, nous parlons de la différence entre individualisme et égoïsme, et pourquoi cette distinction change tout. L'individualisme, ça fait un siècle que les sciences sociales le documentent. L'égoïsme, c'est autre chose : c'est la croyance que les individus sont seuls responsables de leur parcours, de leur succès comme de leur échec. Et quand cette croyance se diffuse à grande échelle parmi les classes moyennes supérieures, elle devient une contrainte sociale qui nuit à la cohésion de tout le pays.J'ai questionné Camille sur comment on en est arrivé là, sur le rôle du capitalisme de plateforme dans la marchandisation du lien social, sur la conscience sociale triangulaire qui pousse les classes populaires à voter contre leurs propres intérêts, sur les femmes de ménage contraintes de devenir les auto-entrepreneuses de leur propre précarité, et sur la bombe à retardement des héritages qui va creuser un fossé béant entre ceux qui maîtrisent l'avenir et les autres.Ce qui m'a frappé dans cet épisode, c'est que Camille ne fait pas de la sociologie pour accabler les gens. Il fait de la sociologie pour rappeler une évidence qu'on a collectivement perdu de vue : on est membre d'un tout, et nos actes ont des conséquences sur les autres.Citations marquantes"Quand l'État social se retire, ce qui reste des relations sociales, c'est l'égoïsme comme contrainte sociale généralisée.""Ces classes populaires sont contraintes de devenir les auto-entrepreneuses de leur propre précarité.""Je suis égoïste lorsque j'agis en pensant uniquement à mon intérêt, en sachant pertinemment que cela détériore la situation d'autres personnes, et je l'assume au nom d'une croyance en mon mérite individuel.""On veut tous un village autour de soi, mais pas grand monde veut être un villageois.""Il manque un discours politique crédible qui parvient à articuler les différentes demandes qui s'expriment dans la société française vers un autre horizon que celui de cette compétition acharnée, permanente."Idées centrales discutées L'égoïsme n'est pas moral, il est sociologique L'égoïsme n'est pas une question de mauvaises personnes. C'est une contrainte que la société fabrique à travers la concurrence généralisée. On est tous tour à tour altruistes et égoïstes selon les circonstances. Ce qui a changé, c'est le système qui pousse structurellement vers l'un des deux. Pourquoi ça compte : ça déplace la responsabilité de l'individu vers le système, ce qui change radicalement la façon dont on peut agir. Timestamp ap
Marc de Smedt, éditeur, auteur et figure de la transmission des sagesses orientales en France. Son livre L'Âge du silence, en est à sa 17ème réédition, et ce chiffre dit tout.J'ai rencontré Marc à une période où le bruit extérieur, les réseaux, l'info en continu, rend la moindre pause suspecte. Ce qui m'a frappé chez lui, c'est qu'il ne survend rien. Pas de méthode en 7 étapes, pas de promesse de transformation. Juste une façon de poser les choses avec une évidence déconcertante, celle de quelqu'un qui a passé des décennies à explorer ce que le silence a réellement à nous offrir.Dans cet épisode, nous parlons de la respiration comme premier ancrage, du silence comme espace de communication à part entière, et de ce que les cultures orientales ont compris que nous, en Occident, résistons encore à accepter. J'ai aussi questionné Marc de Smedt sur notre rapport aux réseaux sociaux, sur le regard comme langage silencieux, et sur pourquoi le silence nous fait si souvent peur.Citations marquantes"Il ne faut pas du tout croire qu'en méditation on va atteindre quelque chose. Ce n'est pas du tout un but, le fait de ne pas penser." (03:37)"On entre dans une pièce, on met tout de suite de la musique, au lieu de se poser, profiter du silence de la pièce." (05:24)"Dans une conversation, un ange passe. Et qu'est-ce qu'on fait ? On sort la mitraillette à parole et on tue l'ange." (06:28)"Le silence, c'est une sorte de concept qui recouvre un arrière-fond permanent avec lequel nous ne nous connectons pas et nous ne savons pas nous connecter." (11:17)"Ce qui est important, c'est de savoir débrancher. C'est ça aussi le silence : ne plus être connecté tout le temps." (09:12)Big Ideas1. La technique des voyelles comme porte d'entrée vers la conscience du souffle Timestamp : 00:52 à 03:35 Émettre chaque voyelle jusqu'au bout du souffle, trois fois de suite. Marc de Smedt décrit cette méthode comme sa première expérience de méditation, trouvée par hasard dans un opuscule d'un professeur de yoga belge à Ibiza. Ce qui la rend forte : elle est accessible à tout le monde, des enfants aux personnes âgées grabataires, et elle produit ce qu'il appelle "une douche psychique" immédiate.2. Le silence n'est pas l'absence de bruit, c'est une forme de présence Timestamp : 04:36 à 07:39 Le silence comme espace entre deux bruits, comme le montage audio qui cherche le vide pour que quelque chose prenne forme. Marc de Smedt élargit cette idée à la communication humaine : dans les cultures orientales, le silence dans une assemblée n'est pas un vide à combler, c'est un moment de présence partagée. L'expression japonaise Ichin Denshin, de mon âme à ton âme, résume cette idée : on peut communiquer sans parler.3. Débrancher est une forme de
Yasmina Asrarguis est une ancienne diplomate et doctorante spécialiste du Moyen-Orient, autrice de "Le mirage de la paix". C'est également une personne que je connais depuis un moment et je suis son travail de près.Son livre est construit sur des archives diplomatiques inédites, des conversations téléphoniques entre présidents, et des années d'enquête sur les coulisses de ce conflit que tout le monde commente et que presque personne ne comprend vraiment.Il est rare que je reçoive quelqu'un qui cumule à la fois l'expérience du terrain diplomatique, la rigueur académique et la capacité à tout remettre dans un récit qui tient. Avec Yasmina, on s'est connus avant qu'elle sorte ce bouquin, et je savais que cette conversation allait être différente. Elle est jeune, femme, maghrébine, et elle parle d'un sujet que la diplomatie a toujours réservé aux hommes d'un certain âge. C'est déjà en soi quelque chose.Dans cet épisode, nous parlons des deux grandes forces qui rendent la paix impossible aujourd'hui : les idéologues messianiques (des deux côtés) et les acteurs opportunistes qui font de la géopolitique comme on fait des affaires. J'ai questionné Yasmina sur pourquoi le 7 octobre était en réalité une réponse à un accord de paix qui était sur le point d'être signé, sur ce que Kissinger avait vraiment compris que personne n'a retenu, sur l'enrichissement personnel de Trump comme boussole de sa politique étrangère, et sur ce qui, malgré tout, lui donne envie du futur dans cette région.Citations marquantes"Tant qu'on aura des idéologues d'une part, et des acteurs fortement opportunistes qui ont le pouvoir dans certaines capitales, il sera extrêmement compliqué de voir advenir une paix civilisationnelle.""Le 7 octobre, c'est véritablement le conseil du Hamas qui se réunit pour une réunion d'urgence et qui dit : il nous faut agir extrêmement vite pour empêcher la reconnaissance.""Le business peut générer de la dépendance. Mais pas de la confiance. Ce ne sont pas les mêmes acteurs.""On est passé d'une Amérique où il y avait cette idée de rêve américain. Aujourd'hui, c'est juste le rêve de Trump.""Ce que l'on voit à savoir la guerre, le sang, la revanche — ce n'est pas le lot commun du Moyen-Orient. C'est aussi une région de beauté infinie, d'une jeunesse pleine de rêves."Grandes idées discutées1. Idéologues vs opportunistes : le cocktail qui rend la paix impossible (~0:05:35 – 0:09:44) D'un côté les messianismes (évangélique américain, religieux israélien, islamiste arabe). De l'autre, une "business diplomacy" trumpiste qui traite la région comme un marché. Ces deux logiques s'excluent mutuellement — et aucune ne pense aux populations. Tant que ce duo est aux commandes, la paix n'est pas un horizon réel.2. La paix par la prospérité, puis la paix par la forc
Yasmina Asrarguis est une ancienne diplomate et doctorante spécialiste du Moyen-Orient, autrice de "Le mirage de la paix". C'est également une personne que je connais depuis un moment et je suis son travail de près.Son livre est construit sur des archives diplomatiques inédites, des conversations téléphoniques entre présidents, et des années d'enquête sur les coulisses de ce conflit que tout le monde commente et que presque personne ne comprend vraiment.Il est rare que je reçoive quelqu'un qui cumule à la fois l'expérience du terrain diplomatique, la rigueur académique et la capacité à tout remettre dans un récit qui tient. Avec Yasmina, on s'est connus avant qu'elle sorte ce bouquin, et je savais que cette conversation allait être différente. Elle est jeune, femme, maghrébine, et elle parle d'un sujet que la diplomatie a toujours réservé aux hommes d'un certain âge. C'est déjà en soi quelque chose.Dans cet épisode, nous parlons des deux grandes forces qui rendent la paix impossible aujourd'hui : les idéologues messianiques (des deux côtés) et les acteurs opportunistes qui font de la géopolitique comme on fait des affaires. J'ai questionné Yasmina sur pourquoi le 7 octobre était en réalité une réponse à un accord de paix qui était sur le point d'être signé, sur ce que Kissinger avait vraiment compris que personne n'a retenu, sur l'enrichissement personnel de Trump comme boussole de sa politique étrangère, et sur ce qui, malgré tout, lui donne envie du futur dans cette région.Citations marquantes"Tant qu'on aura des idéologues d'une part, et des acteurs fortement opportunistes qui ont le pouvoir dans certaines capitales, il sera extrêmement compliqué de voir advenir une paix civilisationnelle.""Le 7 octobre, c'est véritablement le conseil du Hamas qui se réunit pour une réunion d'urgence et qui dit : il nous faut agir extrêmement vite pour empêcher la reconnaissance.""Le business peut générer de la dépendance. Mais pas de la confiance. Ce ne sont pas les mêmes acteurs.""On est passé d'une Amérique où il y avait cette idée de rêve américain. Aujourd'hui, c'est juste le rêve de Trump.""Ce que l'on voit à savoir la guerre, le sang, la revanche — ce n'est pas le lot commun du Moyen-Orient. C'est aussi une région de beauté infinie, d'une jeunesse pleine de rêves."Grandes idées discutées1. Idéologues vs opportunistes : le cocktail qui rend la paix impossible (~0:05:35 – 0:09:44) D'un côté les messianismes (évangélique américain, religieux israélien, islamiste arabe). De l'autre, une "business diplomacy" trumpiste qui traite la région comme un marché. Ces deux logiques s'excluent mutuellement — et aucune ne pense aux populations. Tant que ce duo est aux commandes, la paix n'est pas un horizon réel.2. La paix par la prospérité, puis la paix par la
Cet épisode solo est un développément de ma newsletter à laquelle vous pouvez vous abonner ici!Depuis vingt ans, la Silicon Valley nous vend la même promesse : une vie fluide, sans résistance, où tout est à portée de clic. Et on a dit oui. Collectivement, sans jamais vraiment en discuter. Le café en dosette plutôt que le café moulu. La playlist algorithmique plutôt que les morceaux glanés un à un. La livraison en deux heures plutôt que la sortie en ville. Individuellement, chaque choix semblait raisonnable.Dans cet épisode, j'explore ce que cette idéologie du "frictionless" nous a réellement coûté, au-delà de l'addiction aux écrans et de la perte d'emplois : une vie qui glisse sans s'accrocher nulle part, une capacité à raisonner qui s'atrophie, un monde commun qui disparaît, et une génération entière structurellement fragile face aux vraies tempêtes.J'interroge les travaux de Matthew Crawford sur la résistance productive, de Tim Wu sur la commodité comme idéologie dominante, d'Hannah Arendt sur le monde commun, de Jonathan Haidt sur la santé mentale des adolescents depuis l'arrivée des smartphones, de Pablo Servigne sur le "réseau des tempêtes" comme seule vraie résilience, et d'Hartmut Rosa sur la résonance. Je m'appuie aussi sur Viktor Frankl, Harry Frankfurt, Sherry Turkle et Cal Newport.Ce n'est pas un texte technophobe. Je commande sur Amazon, je prends des Uber, j'utilise Claude Cowork tous les jours. Mais je me demande, honnêtement, ce qu'on a accepté de sacrifier sans jamais en discuter collectivement. Et si le vrai futur, ce n'était pas un futur sans friction, mais un futur dans lequel on utilise les outils pour monter le niveau d'exigence, pas pour le faire descendre.CITATIONS MARQUANTES1. "La commodité, dans sa version la plus avancée, ne supprime pas juste la contrainte. Elle supprime aussi l'expérience."2. "Une vie dans laquelle il n'y a aucune friction est une vie dans laquelle nous mourons dans le même état que celui dans lequel nous sommes nés. Il ne s'est strictement rien passé." (Michael Dandrieux)3. "On a remplacé le raisonnement par l'accumulation de contenus et de données. Et ces deux choses ne sont pas du tout équivalentes."4. "Des livrables plus beaux, des décisions moins bonnes." (dirigeant d'un cabinet de conseil en stratégie)5. "La démocratie est un effort. Pas seulement un effort de l'intelligence rationnelle. Un effort de confiance aussi. D'aimer son prochain qu'on ne connaît pas." (Edward Snowden, via Flore Vasseur)IDÉES CENTRALES1. La friction n'est pas un bug, c'est ce qui nous constitue Timestamp estimé : 06:30 – 14:30 Matthew Crawford le formule mieux que quiconque : l'engagement avec la résistance du monde réel e
Pierre Brosselet, ingénieur géologue et fondateur d'Arverne. Il a passé 25 ans à forer des puits pétroliers dans le monde entier, à marcher sur des pipelines, à voir de l'intérieur ce que l'industrie fossile fait réellement. Et puis il s'est retourné. Pas par idéalisme, mais parce qu'il a compris qu'on avait une solution sous nos pieds dont personne ne parlait.Son livre s'intitule d'ailleurs "La solution est peut-être sous nos pieds" et c'est précisément de ça qu'on parle dans cet épisode.Dans cet épisode, nous parlons de géothermie, de ce que c'est vraiment, de pourquoi cette énergie n'a jamais trouvé sa place dans le débat malgré ses vertus, et de ce qu'il faudrait pour changer ça. J'ai questionné Pierre sur les freins politiques, géopolitiques, économiques qui ont mis cette énergie à l'écart pendant des décennies. On parle aussi du lithium qu'on peut extraire de ces eaux chaudes souterraines, du paradoxe d'une France qui maîtrise parfaitement l'art du forage mais ne s'en sert pas pour elle-même, des pays qui ont fait ce choix en premier, de ce que ça coûte concrètement chez un particulier, et des risques réels, sans les minimiser.C'est un épisode plein de solutions concrètes. Et franchement, ça fait du bien.3. Citations marquantes1. "Le plus gros avantage de la géothermie, c'est qu'elle est invisible. Mais c'est aussi son pire ennemi."2. "La France a la capacité A. Mais elle n'a pas eu la volonté B."3. "Tu fais un trou, et la chaleur, ensuite, elle vient en communication avec la surface. La Terre ne te fait pas payer."4. "Ce que j'ai trouvé comme détracteurs, c'est des ignorants. Au vrai sens du terme. Des gens qui ne connaissaient pas."5. "Je suis optimiste de nature, mais assez pessimiste d'intelligence. Parce que quand on voit ce qui se passe, c'est quand même pas rigolo."4. Big Ideas1. L'invisibilité comme malédiction Timestamp : 0:03:10 à 0:05:05 La géothermie ne souffre pas de détracteurs mais d'oubli. Ce qu'on ne voit pas n'existe pas dans le débat public. Les éoliennes créent des oppositions parce qu'elles sont visibles. La géothermie génère de l'indifférence parce qu'elle est enfouie. C'est une leçon sur la façon dont la perception structure la politique énergétique bien plus que les faits.2. Le mur de l'investissement court-termiste Timestamp : 0:08:00 à 0:10:31 La géothermie est économiquement gagnante sur 15 à 20 ans, mais perdante sur les 5 premières années. Dans un monde qui décide dans l'urgence, ce modèle économique est structurellement défavorisé, même quand il est objectivement meilleur. Le problème n'est pas technique, il est cognitif.3. La géopolitique de l'énergie comme clé de lecture du monde Timestamp : 0:11:26 à 0:15:44 L'accès à l'énergie est le prisme principal de lecture des déci
Jean-Miguel Pire, philosophe et essayiste. Son livre L'Otium remet en circulation un concept millénaire pour nommer ce que notre époque a méthodiquement effacé de son vocabulaire et de ses valeurs : le loisir intelligent.Je connais Jean-Miguel depuis un moment et j'avais envie de lui donner une tribune pour cette idée que je trouve rare : un concept ancien, presque disparu, qui permet de nommer quelque chose qu'on ressent tous sans jamais arriver à le formuler. Ce moment-là, quand une idée trouve enfin son mot, c'est pour moi l'une des expériences intellectuelles les plus jouissives qui soit.Dans cet épisode, nous parlons du temps libre comme espace de développement de la conscience, de l'origine grecque de l'Otium et de sa transformation romaine en quelque chose de secondaire, du lien sémantique vertigineux entre le "négoce" et la "négation de l'Otium", et de la question de savoir si le marché est vraiment le problème, ou si c'est plutôt l'hégémonie de ses valeurs dans des domaines qui n'ont rien à voir avec lui. J'ai questionné Jean-Miguel sur ce qui distingue l'Otium du développement personnel, sur la dimension politique du concept, et sur ce que ça change concrètement de nommer enfin quelque chose qu'on pratique sans le savoir.3. Citations marquantes"Le négoce, c'est la négation de l'Otium. Le marché a intérêt à nier la part la plus essentielle de nos existences.""Comme on n'a pas vraiment conscience de ce loisir intelligent, on ne l'a pas nommé, et ça crée un espace de liberté sauvage pour les industries de la captation du temps de cerveau disponible.""On est sur le logiciel romain : un Otium qui est prestigieux, mais considéré comme secondaire.""L'objectif, il est quand même social. S'améliorer pour être une meilleure personne, c'est aussi pour être un meilleur citoyen.""On est à un point de suffocation parce qu'on s'aperçoit que cet envahissement, cette hégémonie, nous mène à la catastrophe."4. Idées centrales (Big Ideas)1. L'Otium : nommer pour exister Un concept ne peut être défendu que s'il est nommé. Le loisir intelligent existait dans nos vies, mais sans mot pour le désigner, il était indéfendable, vis-à-vis des autres comme de soi-même. Donner un nom à une pratique, c'est lui donner une réalité sociale. Pourquoi c'est important : c'est le fondement de tout le reste. Sans cette bascule sémantique, aucune résistance n'est possible. Timestamp approximatif : 01:07 à 03:252. Le négoce comme négation structurelle Le mot "négoce" porte littéralement en lui la négation de l'Otium (nec + otium). Ce n'est pas une coïncidence rhétorique, c'est une structure historique : le marché s'est construit sur l'éviction du temps de consc
Fabrice Midal, philosophe, fondateur de l'École Occidentale de Méditation et auteur d'une vingtaine de livres dont le dernier, Empêcher que le monde ne se défasse, paru récemment. C'est aussi l'auteur d'un podcast génial.Je le connaissais de loin. J'avais tort de ne pas l'avoir lu plus tôt. Dès qu'on s'est mis à parler, j'ai réalisé qu'on partageait une même manière de regarder le monde : avec inquiétude, mais sans résignation. Avec lucidité sur ce qui fout le camp, et une conviction tenace que quelque chose reste à faire, là, maintenant, à notre échelle.Dans cet épisode, nous parlons de ce que Fabrice appelle la calculabilité généralisée : cette tendance de notre époque à ne considérer comme réel que ce qui se mesure, se gère, se rentabilise. Et comment cette idéologie invisible, qu'on ne voit même plus parce qu'elle est partout, est à l'origine de beaucoup de nos souffrances, de nos burn-out, de notre sentiment d'impuissance collective.J'ai questionné Fabrice sur la différence entre la haine et la colère, sur ce que résister veut vraiment dire, sur pourquoi la méditation est devenue un outil de barbarie dans la majorité des entreprises, et sur ce que Camus, René Char, Etty Hillesum ont à nous dire aujourd'hui. Nous parlons aussi de la distinction entre le sacrifice et l'amour, entre le militantisme et l'engagement, entre réagir et agir.Ce qui m'a le plus frappé dans cette conversation : Fabrice ne propose pas de grand soir. Il propose un pas. Un seul. Et l'idée que ce pas, même invisible, même non mesurable, pourrait changer tout.3. CITATIONS MARQUANTES« Les gens font un burn-out parce qu'ils veulent trop bien faire. Ils ont tellement intégré ce modèle où il faut s'instrumentaliser, sinon on ne va plus trouver sa place. »« Ce qu'on prétend rationnel est très irrationnel. On est obligé de réduire le réel à des équations extrêmement sommaires. Et donc, on oublie non seulement le sensible, mais le réel lui-même. »« On meurt de chagrin. Personne ne meurt de colère. »« Fais ce que tu dois, advienne que pourra. Nous avons à empêcher, dans nos actions au quotidien, que le monde ne s'effondre. »« Ça ne change rien et ça change tout. Ce n'est pas nous qui pouvons mesurer les choses. »4. IDÉES CENTRALES (BIG IDEAS)1. La calculabilité comme idéologie invisible [00:04:57] Notre époque a redéfini le réel : est réel ce qui est calculable, gérable, rentable. Tout le reste, y compris la qualité d'une présence humaine, a été évacué du champ de ce qui compte. Cette idéologie n'est pas neutre : elle produit de la déshumanisation à grande échelle. Pourquoi c'est important : cela requalifie nos problèmes. Ce ne sont pas des problèmes psychologiques, ce sont des problèmes idéologiques. La responsabilité change de camp.
Dans cet épisode solo, je reviens sur une position que j'ai longtemps défendue, celle de tempérer face au catastrophisme ambiant sur l'IA, et j'explique pourquoi les preuves qui s'accumulent depuis quelques mois m'obligent à regarder les choses autrement. Pas pour rejoindre la panique, mais parce qu'une position qui ne s'interroge jamais devient une posture, pas une analyse.Dans cet épisode, nous parlons de la contradiction structurelle au cœur du capitalisme numérique : l'IA générative détruit les emplois cognitifs de niveau intermédiaire, précisément ceux qui constituent la base de consommation sur laquelle repose l'économie. J'ai questionné les travaux de Nick Dyer-Witheford, Karen Hao, Emad Mostaque et Anis Rahman sur ce que ça signifie concrètement, au-delà des chiffres de Goldman Sachs et des fuites internes d'Anthropic. Et parce que je déteste laisser les gens dans un état d'impuissance intellectuelle pire qu'avant la lecture, je finis sur des exemples concrets, locaux, qui montrent qu'une autre IA est possible même si les rapports de forces sont pour l'instant très déséquilibrés. Le tout pour vous redonner envie du futur bien sur :)CITATIONS MARQUANTES"Il y a un mot pour décrire un système qui détruit méthodiquement sa propre base de clients. Ce mot n'est pas 'innovation' mais 'suicide'.""C'est la boîte qui construit les outils qui sonne elle-même l'alarme sur leur impact. Ce n'est pas un philosophe marxiste.""Ils ont entraîné leurs propres remplaçants." (sur les travailleurs d'annotation de Nairobi, Manille, Lahore)"Regarde qui te chuchote à l'oreille chaque jour, et demande-toi de qui c'est l'intérêt." (Emad Mostaque)"Une position qui ne s'interroge jamais elle-même, c'est une posture, pas une analyse."IDÉES CENTRALES 1. Le contrat de Ford est rompu, par design Henry Ford payait ses ouvriers pour qu'ils puissent acheter ses voitures : le capital paie le travail, le travail consomme, la production nourrit le capital. L'IA générative rompt ce cercle en rendant le capital structurellement indépendant du travail humain. Ce n'est pas un bug du système, c'est une conséquence logique de sa propre optimisation poussée à l'extrême. C'est important parce que cela remet en cause le mécanisme de stabilisation automatique sur lequel les démocraties libérales se sont appuyées depuis Keynes.2. L'IA s'attaque précisément aux emplois qui étaient censés être la solution Contrairement aux révolutions industrielles précédentes qui frappaient d'abord les peu qualifiés, l'IA générative cible le travail cognitif intermédiaire : analyse, rédaction, code, diagnostic, comptabilité, marketing. Ces emplois constituaient la colonne vertébrale des classes moyennes éduquées. Ce sont eux qui avaient fait les études recommandées pour s'adapter. Si eux ne peuvent pas, qui peut ?<
Olivier Véran est évidemment l'ancien mnistre de la santé qui a eu à gérer la crise du Covid mais c'est égaleemnt un médecin neurologue. Depuis, il a quitté la politique pour mieux l'observer, et il regarde le monde avec une lucidité qui, franchement, m'a surpris.On s'était croisés autour d'un café pour parler d'un sujet qui m'obsède : comment nos cerveaux vont évoluer à l'ère de l'IA. Et la conversation est allée beaucoup plus loin que prévu.Dans cet épisode, nous parlons de diagnostic préimplantatoire et de design d'enfant, de neurotechnologies d'augmentation, du projet d'Apple de lire vos pensées via les AirPods, de l'absence totale de débat démocratique sur ces sujets, de la société du commentaire vue de l'intérieur d'un ministère, des inégalités creusées par les campagnes de santé publique, de l'avenir de la Sécurité sociale, et de ce qui, selon Olivier, peut encore nous redonner de l'élan.J'ai questionné Olivier sur ce qui se joue vraiment autour des neurotechnologies, sur pourquoi il n'existe pas encore de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau, et sur ce que ça dit de nous, collectivement, qu'on laisse ces décisions aux seuls acteurs privés.Un épisode dense, parfois inconfortable, et finalement assez stimulant j'espère.CITATIONS MARQUANTES"Si ton collègue d'à côté parle 50 langues, comprend plus vite que toi et peut bosser 12 heures sans pause, à un moment donné, tu n'auras plus le choix.""Il n'y a pas eu de conférence d'Asilomar pour les neurotechnologies. Pas 150 chercheurs réunis pour dire : est-ce qu'on veut vraiment aller là ?""L'IA, ça nous est littéralement tombé dessus. Aucun État n'était préparé. Et c'est déjà la preuve qu'on est incapables d'anticiper les révolutions technologiques.""80% de tes dépenses de santé, c'est dans ta dernière année de vie.""Je claque la porte à la radicalité de tous bords, celle qui veut nous faire croire qu'on n'a plus la capacité de s'entendre."QUESTIONS DE L'INTERVIEWLe diagnostic préimplantatoire est interdit en France, mais légal ailleurs. Où en est-on techniquement, et à quelle fiabilité ?Le film Bienvenue à Gattaca date de 1997. Est-ce qu'il a pris une ride ?Comment la société du commentaire a-t-elle changé la gestion d'une crise sanitaire comme le Covid ?On a été l'un des pays les plus vaccinés. Comment tu expliques ça, vu le niveau de défiance au départ ?Si tu devais regérer le Covid aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment ?Les neurotechnologies d'augmentation, c'est de la science-fiction ou c'est pour demain ?À quel moment est-ce qu'on nous a demandé notre avis sur ces technologies qui peuvent lire nos pensées ?Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, comme le propose Macron, ça sert à quoi ?L'IA va-t-elle remplacer les médecins, ou simpleme
Olivier Véran est évidemment l'ancien mnistre de la santé qui a eu à gérer la crise du Covid mais c'est égaleemnt un médecin neurologue. Depuis, il a quitté la politique pour mieux l'observer, et il regarde le monde avec une lucidité qui, franchement, m'a surpris.On s'était croisés autour d'un café pour parler d'un sujet qui m'obsède : comment nos cerveaux vont évoluer à l'ère de l'IA. Et la conversation est allée beaucoup plus loin que prévu.Dans cet épisode, nous parlons de diagnostic préimplantatoire et de design d'enfant, de neurotechnologies d'augmentation, du projet d'Apple de lire vos pensées via les AirPods, de l'absence totale de débat démocratique sur ces sujets, de la société du commentaire vue de l'intérieur d'un ministère, des inégalités creusées par les campagnes de santé publique, de l'avenir de la Sécurité sociale, et de ce qui, selon Olivier, peut encore nous redonner de l'élan.J'ai questionné Olivier sur ce qui se joue vraiment autour des neurotechnologies, sur pourquoi il n'existe pas encore de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau, et sur ce que ça dit de nous, collectivement, qu'on laisse ces décisions aux seuls acteurs privés.Un épisode dense, parfois inconfortable, et finalement assez stimulant j'espère.CITATIONS MARQUANTES"Si ton collègue d'à côté parle 50 langues, comprend plus vite que toi et peut bosser 12 heures sans pause, à un moment donné, tu n'auras plus le choix.""Il n'y a pas eu de conférence d'Asilomar pour les neurotechnologies. Pas 150 chercheurs réunis pour dire : est-ce qu'on veut vraiment aller là ?""L'IA, ça nous est littéralement tombé dessus. Aucun État n'était préparé. Et c'est déjà la preuve qu'on est incapables d'anticiper les révolutions technologiques.""80% de tes dépenses de santé, c'est dans ta dernière année de vie.""Je claque la porte à la radicalité de tous bords, celle qui veut nous faire croire qu'on n'a plus la capacité de s'entendre."QUESTIONS DE L'INTERVIEWLe diagnostic préimplantatoire est interdit en France, mais légal ailleurs. Où en est-on techniquement, et à quelle fiabilité ?Le film Bienvenue à Gattaca date de 1997. Est-ce qu'il a pris une ride ?Comment la société du commentaire a-t-elle changé la gestion d'une crise sanitaire comme le Covid ?On a été l'un des pays les plus vaccinés. Comment tu expliques ça, vu le niveau de défiance au départ ?Si tu devais regérer le Covid aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment ?Les neurotechnologies d'augmentation, c'est de la science-fiction ou c'est pour demain ?À quel moment est-ce qu'on nous a demandé notre avis sur ces technologies qui peuvent lire nos pensées ?Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, comme le propose Macron, ça sert à quoi ?L'IA va-t-elle remplacer les médecins, ou simpleme
Jérémy Coron, coach en santé et performance, spécialiste du sommeil et de la biologie humaine.J'ai rencontré Jérémy parce que je cherchais quelqu'un qui pouvait expliquer simplement des mécanismes que la plupart des gens subissent sans les comprendre. Il a ce truc rare : il rend accessible une science qui devrait être enseignée à l'école, sans jamais la simplifier à outrance.Dans cet épisode, nous parlons de ce qui se passe vraiment dans ton corps entre le moment où tu ouvres les yeux et le moment où tu t'endors. Du rythme circadien, de la mélatonine et du cortisol comme acteurs antagonistes, de pourquoi regarder une série de zombies avant de dormir est biologiquement absurde, et de ce que les chronotypes lion, ours et loup changent concrètement à ta façon d'organiser ta journée.J'ai questionné Jérémy sur le mythe des heures avant minuit, sur pourquoi ton café du réveil est peut-être la pire chose que tu puisses faire au moment où tu le bois, et sur ce que ça fait d'être un loup dans un monde conçu par des ours.3. Citations marquantes"On n'est pas des êtres terrestres, on est des êtres solaires.""Le cortisol, c'est l'hormone de l'énergie, pas l'hormone du stress. C'est l'hormone de réponse au stress.""Prendre son café au réveil, c'est l'équivalent de charger un téléphone qui est déjà plein.""Il n'y a aucun monde dans lequel l'homme préhistorique regarde The Walking Dead et va se coucher.""L'insomnie, ce n'est pas héréditaire. C'est le résultat de comportements qu'on peut heureusement contrecarrer."4. Big Ideas avec timestampsLe cortisol n'est pas l'ennemi (01:32) On a associé le cortisol au stress pendant des années. C'est faux, ou plutôt incomplet. C'est l'hormone qui déstocke l'énergie le matin, qui te réveille, qui te met en mouvement. Requalifier cette hormone change la façon dont on se rapporte à son propre réveil.Le soleil comme chef d'orchestre hormonal (02:09) Le noyau suprachiasmatique régule l'ensemble du timing hormonal en fonction des signaux lumineux. On est littéralement câblés sur le cycle solaire. Ce n'est pas de la poésie, c'est de la biologie de base qu'on ignore collectivement.Lumière bleue : le bon moment change tout (01:32) La lumière bleue n'est pas mauvaise en soi, elle est essentielle le matin et destructrice le soir. Cette nuance, simple une fois posée, restructure complètement la routine quotidienne.Le café au bon moment (03:55) Boire son café dans les 90 premières minutes du réveil court-circuite un pic de cortisol naturel. Décaler de 90 minutes à 2 heures, c'est une intervention quasi-gratuite avec un impact réel sur l'énergie.Les chronotypes comme réalité biologique (07:29) Lions, ours, loups : les trois chronotypes ne sont pas des préférences lifestyle, ce sont des co
Mai Hua, réalisatrice et autrice est une amie et elle est venue plein de fois sur Vlan! Elle a signé Les rivières et Make Me a Man, et sort aujourd'hui Mayday, un documentaire qui filme l'intérieur d'une retraite thérapeutique de 14 jours, sans électricité, sans réseaux sociaux, avec 12 personnes qui ne se connaissent pas et n'ont rien en commun.Mai Hua est donc une amie proche. On se connaît depuis longtemps et j'attendais cet épisode avec impatience, parce que ce qu'elle explore touche exactement ce que j'essaie de mettre en mots depuis des années : comment retrouver de l'élan dans un monde qui semble faire tout pour nous l'enlever.Dans cet épisode, nous parlons de la différence fondamentale entre développement personnel et soin collectif, de ce que ça fait de vivre sans téléphone pendant deux semaines, du rôle de la colère comme émotion mal comprise et puissante, et de pourquoi la joie est un acte politique, pas un sentiment léger.J'ai questionné Mai Hua sur ce que le cinéma peut soigner que la thérapie ne peut pas, sur la manière dont les réseaux sociaux organisent notre séparation, et sur ce que les peuples racines ont compris que nous avons oublié. C'est une conversation sur le courage, au sens littéral : courage vient du mot cœur. Et c'est exactement ce dont il est question ici.Citations marquantes"Est-ce que tu veux être une bonne personne ou une personne entière ?" — Carl Jung, cité par Mai Hua en ouverture du film Mayday."The circle is a shaman. D'être ensemble, ça nous fait accéder à une super intelligence, une super âme. Ce n'est pas juste un plus un font deux.""Si tu perds la joie, tu perds deux fois." — Nicolas Gau, cité par Mai Hua."Quand ton corps vit dans des éléments, il n'y a plus de douche, il fait froid, il y a une rivière pour se laver, le toi que tu vas créer est totalement différent de celui que tu peux créer devant ton ordinateur.""La raison d'être de la tribu, c'est la guérison des individus. C'est ça qu'on doit faire. Trouver la super soul qui va amener de la guérison aux individus pour nous mettre en mouvement."Idées dont nous parlons1. Le collectif comme antidote, pas comme supplément Timestamp approximatif : 0:05:30 à 0:07:11 La retraite filmée dans Mayday n'est pas du développement personnel. C'est une proposition culturelle : changer les règles du vivre-ensemble pour voir ce que les individus deviennent quand la tribu a pour cœur de les guérir, et non de les rendre productifs. Le capitalisme a inversé ce paradigme. Filmer ça, c'est montrer qu'une autre logique existe, et qu'elle fonctionne.2. La colère comme condition de l'intégrité Timestamp approximatif : 0:20:52 à 0:24:07 Réprimer la colère, c'est se couper d'une partie de soi. Dans une société de performance qui demande de gérer
Une confession professionnelle et personnelle sur vingt ans passés à l'intérieur d'un système que j'ai contribué à construire, à défendre, à enseigner, et que je regarde aujourd'hui avec un mélange de lucidité et de fatigue.Dans cet épisode, je parle de la fin d'une relation. Pas d'une rupture spectaculaire, pas d'un manifeste militant, mais d'un désamour doux et irréversible avec les réseaux sociaux. Je remonte aux débuts, en 2005, quand les blogs servaient avant tout à organiser des rencontres physiques dans des appartements et des cafés parisiens. Je traverse la professionnalisation progressive, l'arrivée du Klout, la corruption silencieuse par l'argent et les algorithmes, jusqu'au moment où j'ai supprimé quasi tout le contenu de mon Instagram personnel, tranquillement, presque avec soulagement.J'ai questionné cette histoire sur ce que les données disent vraiment, sur le concept d'enshittification de Cory Doctorow, sur la Dark Forest Theory, sur la "connected privacy" d'Eugene Healey et sur ce que tout ça dit de ce qu'on cherche vraiment. Et pourquoi, malgré tout, je reste optimaliste.3. Citations marquantes"La dégradation n'est pas un bug, c'est une fonctionnalité." (Cory Doctorow, cité dans l'épisode)"Seulement 7% du temps passé sur Instagram concerne des échanges entre amis et proches. Meta l'a admis en justice.""Être offline est devenu le nouveau luxe. Il y a quinze ans, le symbole de statut c'était le BlackBerry. Aujourd'hui c'est de pouvoir être délibérément hors ligne.""L'authenticité est devenue performative. Ce qui est un contresens évident.""Être vu est algorithmique. Être connu est analogique. Huit personnes autour d'une table qui se souviennent comment vous prenez votre café."Idées principales1. L'enshittification : la dégradation programmée (~16:00) Cory Doctorow décrit en trois temps la mécanique infaillible de toutes les plateformes : séduction des utilisateurs, exploitation au profit des annonceurs, pillage pour les actionnaires. J'ai vécu ces trois phases de l'intérieur depuis 2005. Ce n'est pas un accident, c'est le modèle.2. L'authenticité comme format (~20:00) Le moment où quelqu'un a découvert que la vulnérabilité performait mieux que la perfection a tout changé. Les confessions personnelles sont aujourd'hui rédigées avec la même minutie qu'une campagne publicitaire. L'authenticité est devenue une stratégie de contenu, ce qui la détruit par définition.3. La Dark Forest Theory : la fuite silencieuse (~26:00) Face au bruit algorithmique, les utilisateurs ne quittent pas internet, ils se réfugient dans ses recoins privés. WhatsApp, Discord, Substack restreint, dîners sans téléphone. Ce mouvement est massif, silencieux, et parfaitement rationnel.4. Être vu versus être connu</s
Pierre de Villiers, général et ancien chef d'état-major des armées de France jusqu'en 2017, auteur notamment de Servir et d'un nouveau livre sur le redressement de la France intitulé ""pour le succès des armées de la France" J'ai une vraie fascination pour la culture militaire, cette culture du temps long, de la loyauté vraie et du sens du service — et c'est précisément ce que Pierre de Villiers incarne mieux que quiconque. Il a grandi dans une famille où le père avait fait cinq ans de captivité, il a commandé jusqu'à 80 chars Leclerc, il a côtoyé quatre présidents de la République en Conseil de défense, et il a eu le courage peu commun de démissionner publiquement plutôt que de se taire. Ce n'est pas l'invité habituel de VLAN, et c'est exactement pour ça que j'ai voulu l'avoir.Dans cet épisode, nous parlons de la situation géopolitique mondiale — le retour des États-puissances, la guerre en Ukraine, la relation ambiguë avec les États-Unis — mais aussi de l'état intérieur de la France : la désindustrialisation, la crise de l'autorité, le fossé entre gouvernants et gouvernés, la démographie, l'immigration, la dette. J'ai questionné le général de Villiers sur ce que signifie vraiment servir, sur pourquoi nos démocraties produisent des décisions courtes alors que les défis sont longs, et sur ce qui, malgré tout, lui donne de l'espoir.CITATIONS MARQUANTES« Les États-Unis sont des partenaires adversaires. Les États n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. » — 0:32:52« La vraie autorité, c'est quand l'ordre a été exécuté avant d'être donné. » — 0:22:26« Il faut penser l'impensable. Et aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on repousse tout ça en se disant : ça ne sera pas pour nous. » — 0:53:00« 80% des Français sont d'accord sur les grandes mesures. Et 90% de ceux qui dirigent sont opposés à ces 80%. » — 1:16:06« Ces migrants, ils arrivent pour leur malheur, pas pour leur bonheur. Et toutes ces belles âmes qui se bouchent le nez à vélo à Paris — ça suffit. » — 0:43:20IDÉES CENTRALES1. Le retour de la guerre comme réalité, pas comme concept La guerre n'est pas une abstraction historique. De Villiers l'a vue en ex-Yougoslavie, il voit l'Ukraine perdre 1 000 hommes par jour. Ses préventions remontent à 2017 : les États-puissances réarmaient à 5-10% par an depuis quinze ans pendant que les démocraties européennes savouraient les dividendes de la paix. Ce que les politiques français refusent encore de voir ressemble trop à 1935 pour ne pas inquiéter. Pourquoi c'est important : ce n'est pas un discours belliciste, c'est un appel pragmatique à ne pas répéter l'aveuglement des années 30. Timestamp : 0:26:17 – 1:00:072. L'autorité vraie versus l'autoritarisme L'ordre donné et exécuté avant d'avoir été dit : telle est la définition de de V
Pierre de Villiers, général et ancien chef d'état-major des armées de France jusqu'en 2017, auteur notamment de Servir et d'un nouveau livre sur le redressement de la France intitulé ""pour le succès des armées de la France" J'ai une vraie fascination pour la culture militaire, cette culture du temps long, de la loyauté vraie et du sens du service — et c'est précisément ce que Pierre de Villiers incarne mieux que quiconque. Il a grandi dans une famille où le père avait fait cinq ans de captivité, il a commandé jusqu'à 80 chars Leclerc, il a côtoyé quatre présidents de la République en Conseil de défense, et il a eu le courage peu commun de démissionner publiquement plutôt que de se taire. Ce n'est pas l'invité habituel de VLAN, et c'est exactement pour ça que j'ai voulu l'avoir.Dans cet épisode, nous parlons de la situation géopolitique mondiale — le retour des États-puissances, la guerre en Ukraine, la relation ambiguë avec les États-Unis — mais aussi de l'état intérieur de la France : la désindustrialisation, la crise de l'autorité, le fossé entre gouvernants et gouvernés, la démographie, l'immigration, la dette. J'ai questionné le général de Villiers sur ce que signifie vraiment servir, sur pourquoi nos démocraties produisent des décisions courtes alors que les défis sont longs, et sur ce qui, malgré tout, lui donne de l'espoir.CITATIONS MARQUANTES« Les États-Unis sont des partenaires adversaires. Les États n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. » — 0:32:52« La vraie autorité, c'est quand l'ordre a été exécuté avant d'être donné. » — 0:22:26« Il faut penser l'impensable. Et aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on repousse tout ça en se disant : ça ne sera pas pour nous. » — 0:53:00« 80% des Français sont d'accord sur les grandes mesures. Et 90% de ceux qui dirigent sont opposés à ces 80%. » — 1:16:06« Ces migrants, ils arrivent pour leur malheur, pas pour leur bonheur. Et toutes ces belles âmes qui se bouchent le nez à vélo à Paris — ça suffit. » — 0:43:20IDÉES CENTRALES1. Le retour de la guerre comme réalité, pas comme concept La guerre n'est pas une abstraction historique. De Villiers l'a vue en ex-Yougoslavie, il voit l'Ukraine perdre 1 000 hommes par jour. Ses préventions remontent à 2017 : les États-puissances réarmaient à 5-10% par an depuis quinze ans pendant que les démocraties européennes savouraient les dividendes de la paix. Ce que les politiques français refusent encore de voir ressemble trop à 1935 pour ne pas inquiéter. Pourquoi c'est important : ce n'est pas un discours belliciste, c'est un appel pragmatique à ne pas répéter l'aveuglement des années 30. Timestamp : 0:26:17 – 1:00:072. L'autorité vraie versus l'autoritarisme L'ordre donné et exécuté avant d'avoir été dit : telle est la définition de de V
Alexandre Dana est un entrepreneur, il intervient sur le podcast Métamorphose et c'est un ami!Dans cet moment qui est un extrait d'un épisode que nous avons enregistré il y a quelques mois et nous parlons de quelque chose qui nous concerne tous mais que nous évitons souvent de regarder en face : notre incapacité à ralentir dans un monde conçu pour accélérer en permanence.J’ai questionné mon invité sur une idée simple mais profondément dérangeante : et si le problème n’était pas notre manque de discipline… mais un environnement conçu pour nous faire échouer ?On parle de carnet, d’écriture, de mémoire, mais surtout de présence. De ce moment où tu réalises que tu passes ta vie à sauvegarder des choses que tu ne reliras jamais. De cette illusion moderne de la curiosité, qui ressemble souvent plus à de l’accumulation qu’à de la compréhension.Ce que j’aime dans cette conversation, c’est qu’elle est à la fois très concrète — écrire le matin, couper le téléphone — et profondément philosophique : accepter de ne pas tout savoir, pour enfin apprendre quelque chose.Citations marquantes“Le combat contre ton téléphone est perdu d’avance.”“La vraie curiosité, c’est accepter de ne pas tout apprendre.”“On sait que l’autre regarde ses mails… et on accepte tous d’être à moitié présents.”“Le piège du digital, c’est qu’il n’y a aucune limite.”“Tu accumules du savoir, mais tu n’apprends rien.”Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Jean-Michel Ricard, cofondateur de l'association Siel Bleu et pionnier de l'activité physique adaptée en France. Je le reçois dans le cadre du Podcasthon car tous vos podcasteurs préférés cette semaine vont mettre en lumière l'association de leur choix et j'ai donc fait le choix de mettre le mouvement en avant. Jean Michel a une douceur totalement incroyable.Il y a presque 30 ans, lui et son ami Jean-Daniel se sont serré la main sur un pari un peu fou : utiliser le mouvement comme outil pour redonner de la vie, du sourire et de la dignité à des personnes que la société avait tendance à oublier. Aujourd'hui, Siel Bleu, c'est 900 salariés, 10 000 lieux d'intervention et 250 000 personnes accompagnées chaque semaine en France — des personnes âgées dépendantes, des enfants autistes, des gens en rémission de cancer, des personnes dialysées ou en soins palliatifs. Et tout ça sans jamais rentrer dans les cases.Dans cet épisode, nous parlons du mouvement comme médicament sans effets secondaires, de ce que ça veut vraiment dire de prendre soin des gens en fragilité, et de la différence entre le confort à court terme et la santé à long terme. J'ai questionné Jean-Michel sur la naissance de Siel Bleu, sur ce que la science dit vraiment de l'activité physique face à Alzheimer, Parkinson ou le cancer du sein, sur les "séjours hors du temps" pour jeunes adultes en fin de vie, et sur ce que 30 ans d'engagement associatif lui ont appris sur ses angles morts. C'est une conversation pleine de douceur, de conviction et de sagesse concrète.CITATIONS MARQUANTES"L'activité physique, ça devrait être le médicament du XXIe siècle. Ça n'a aucun effet secondaire, ça coûte pas cher, et ça change la vie des gens.""Après avoir donné des années à la vie, donnons de la vie aux années." — le premier slogan de Ciel Bleu, qui résume tout."Si on ferme la porte, on passera par la fenêtre. Et il faut qu'ils en soient sûrs.""La vie est la plus belle des garces. Tout ce qu'on croit qui est gagné, c'est jamais gagné.""Celui qui s'est penché sur une fleur n'aura pas vécu en vain." — citation de Christian Bobin, convoquée pour parler de prendre le temps d'écouter son corps.IDÉES CENTRALES 1. Le mouvement est un outil, pas une finalité Ciel Bleu ne fait pas du sport pour faire du sport. L'activité physique adaptée est un vecteur de reconquête : physique (réduction des chutes, de la sarcopénie, des escarres), cognitif (ralentissement d'Alzheimer, de Parkinson), et social (recréer du lien, sortir de l'isolement). Ce cadrage est fondamental : il déplace le mouvement de la performance vers la vie. Timestamp : 06:33 – 07:542. La prévention coûte moins cher que le curatif — mais personne n'investit dedans La France est dans un modèle de santé essentiellement curatif. Jean-Michel plaide pour une parti
Tout part d'un déjeuner avec Pablo Servigne — chercheur sur les effondrements, que j'avais reçu quelques semaines plus tôt sur VLAN. Une conversation qui dérive vers la géopolitique, les polycrises, le contexte général. J'utilise le mot "chaos" comme je le fais tout le temps, dans mes newsletters, mes conférences, mes conversations quotidiennes. Et Pablo me regarde avec un sourire tranquille et me dit : "Mais tu parles du chaos comme si c'était un problème. La vie, elle danse toujours au bord du chaos." Quelques secondes de silence. Et la réalisation que j'utilisais peut-être ce mot depuis des années avec une erreur fondamentale dedans. Dans cet épisode, je vous parle de ce que j'ai découvert en creusant cette phrase : l'étymologie grecque du chaos, les travaux de Stéphane Gastello sur les systèmes dynamiques, la théorie du chaos des carrières de Robert Pryor et Jim Bright, Roy Bird sur la vie comme phénomène chaotique, Michael Conrad sur l'adaptabilité, Donna Brother sur l'anxiété cartésienne, Hartmut Rosa sur l'accélération sociale et la résonance manquée, Byung-Chul Han sur la transparence, Matthew Welsh sur la responsabilité adaptative, Viktor Frankl sur le sens — et Cécile Wendling, que je reçois cette semaine sur VLAN, qui m'a rappelé que le mot "crise" lui-même est une construction sociale qui génère ses propres angles morts. J'ai questionné tout ce que je pensais savoir sur notre rapport collectif à l'imprévisible : pourquoi notre cerveau traite l'incertitude comme une menace mortelle, ce qui distingue vraiment les systèmes qui s'effondrent de ceux qui se transforment, et ce que la recherche dit concrètement sur comment naviguer dans ce qui, par nature, ne sera jamais stable. Ce n'est pas du développement personnel. C'est plus fondamental que ça. CITATIONS MARQUANTES 1. "La vie, elle danse toujours au bord du chaos."— Pablo Servigne (rapporté par Grégory, 01:48) 2. "Le chaos, ce n'est pas l'opposé de l'ordre. C'est le processus par lequel l'ordre émerge, de façon non planifiée."— Grégory Pouy (08:49) 3. "On ne souffre pas du chaos, on souffre du fait que le chaos n'est pas ce que nous pensions que le monde devrait être."— Grégory Pouy (13:09) 4. "La fourmilière n'est pas construite malgré l'absence de plan central — elle est construite précisément grâce à cette absence."— Grégory Pouy (09:37) 5. "Les individus, les collectifs qui traverseront le mieux ces turbulences, ce ne seront pas ceux qui auront eu les meilleurs plans. Ce seront ceux qui auront développé la capacité à naviguer dans l'incertitude."— Grégory Pouy (49:19) BIG IDEAS 1. Le chaos n'est pas le désordre — c'est la condition du vivant [05:2
Cécile Wendling est prospectiviste et fondatrice de Pan-or-amique, elle pense à 20, 30, 100 ans — pas par anxiété, mais par élan de vie. Cécile a dirigé la prospective du groupe AXA avant de tout quitter pour créer sa propre structure. Elle a passé des années à aider des organisations, des dirigeants, des individus à se projeter dans le temps long — pas pour prédire l'avenir, mais pour l'écrire lucidement. Elle est sociologue, constructiviste, et elle a cette capacité rare de transformer ce qui nous paralyse en terrain fertile. Je la connais depuis un moment, j'admire sa façon de tenir les deux bouts sans jamais tomber ni dans le catastrophisme ni dans la pensée magique.Dans cet épisode, nous parlons de ce qui nous empêche de nous projeter, de pourquoi la crise est peut-être autant un construit social qu'une réalité, et de comment le temps lui-même est une invention que la société nous impose. J'ai questionné Cécile sur les inégalités face au futur, sur l'Afrique comme laboratoire mondial de l'innovation, sur le conatus de Spinoza comme boussole intérieure, sur ce que ça fait vraiment de sauter d'un grand paquebot pour pagayer dans un petit rafiot. On parle aussi de ce qu'on transmet aux enfants, de l'entraide comme ressource immatérielle, de la dépendance au sentier, du clavier AZERTY et des déchets nucléaires — et tout ça forme un fil cohérent, joyeux, profond, sur la façon dont on peut reprendre la main sur son avenir.3. CITATIONS MARQUANTES"Chacun de nous écrit l'avenir chaque jour par ses décisions. Avoir des décisions de temps long, c'est ça aussi œuvrer à une humanité différente." (Partie 1, ~06:00)"Si on n'est pas capable d'imaginer un avenir où on est heureux de vivre, on ne peut pas le créer, on ne peut pas le faire advenir." (Partie 1, ~30:30)"Le pouvoir a besoin de tristesse parce qu'il sait la contrôler, il sait la manipuler." (Cécile citant Deleuze, Partie 1, ~15:10)"Le vide n'existe pas. Mais ça, tu t'en rends compte que quand tu es dans ton petit rafiot à pagayer." (Partie 2, ~08:20)"Claquer la porte à la violence. Et ouvrir la porte au temps long, à se projeter et inventer l'avenir." (Partie 2, ~25:15)4. IDÉES CENTRALES DISCUTÉES 1. Le temps long comme acte politique et humaniste Titre : Décider loin, c'est résister Explication : Dans un monde qui nous force au temps court (contenus jetables, polycrise, dopamine instantanée), choisir de s'inscrire dans une pratique longue — yoga, instrument de musique, doctorat, engagement — est une forme de résistance et d'émancipation. Ce n'est pas de la lenteur, c'est de la profondeur. Pourquoi c'est important : Parce que sans cette capacité, on devient réactif plutôt qu'acteur. Et Cécile montre que cette inégalité
Samah Karaki est neuroscientifique et essayiste et son dernier essai "contre les figures d'autorité" est la raison pour laquelle je la reçois de nouveau!C’est la quatrième fois que je reçois Samah. Et à chaque fois, je sens que quelque chose me bouscule profondément.Dans cet épisode, nous parlons de notre besoin presque viscéral de figures d’autorité. Pourquoi nous aimons tant certains visages. Pourquoi nous leur déléguons notre jugement. Pourquoi nous sommes parfois déçus comme si nous avions été trahis personnellement.J’ai questionné Samah sur la naissance historique de la figure du “génie”, sur la Renaissance, sur le mythe du héros, sur le mérite, sur la visibilité, sur les médias, sur les algorithmes. Mais aussi sur quelque chose de plus intime : qu’est-ce que ça fait de devenir soi-même une figure d’autorité ?Ce que j’aime dans cette conversation, c’est qu’elle ne cherche pas à “cancel”. Elle cherche à déplacer le regard.On parle de plagiat, de création collective, d’impunité, de Heidegger, de Bertolucci, d’écologie, de réseaux sociaux, de gourous, de soft skills… et surtout d’utopie.Et si la pensée n’appartenait jamais à une seule personne ?Et si le vrai pouvoir, c’était de négocier le sens ensemble ?Citations marquantes “Nous avons besoin de boussoles, mais pas de sommets.”“Le problème n’est pas la signature. C’est pourquoi on voit toujours les mêmes noms.”“Quand on sacralise quelqu’un, on suspend notre jugement.”“La pensée n’appartient pas à une figure. Elle appartient à ceux qui la manipulent.”“L’utopie, c’est un endroit où le sens se négocie en permanence.”Big Ideas (Idées centrales)1. Le besoin d’autorité est humainNous manquons d’attention. Nous avons besoin de repères.👉 Important car ça évite la culpabilisation individuelle.⏱ ~00:072. La visibilité n’est pas le mériteLa reconnaissance circule par halo. Les visibles rendent visibles.👉 Important pour comprendre l’entre-soi médiatique.⏱ ~00:293. Le génie est une construction historiqueRenaissance, humanisme, mécénat : naissance de la singularité exceptionnelle.👉 Important pour désacraliser le mythe du créateur solitaire.⏱ ~00:264. La sacralisation crée de l’impunitéPlus on idolâtre, plus on pardonne.👉 Important dans le débat sur cancel culture.⏱ ~00:225. Nous sommes câblés pour créer des récitsBiais d’intentionnalité : on invente des intentions.👉 Important pour comprendre la narration politique moderne.⏱ ~00:396. L’utopie est déjà làDans les classes, les cafés, les discussions réelles.👉 Important pour redonner de l’espoir concret.⏱ ~00:5810 Questions structurantesPourquoi avons-nous besoin de figures d’autorité ?À partir de quand admiration devient-elle abd
Samah Karaki est neuroscientifique et essayiste et son dernier essai "contre les figures d'autorité" est la raison pour laquelle je la reçois de nouveau!C’est la quatrième fois que je reçois Samah. Et à chaque fois, je sens que quelque chose me bouscule profondément.Dans cet épisode, nous parlons de notre besoin presque viscéral de figures d’autorité. Pourquoi nous aimons tant certains visages. Pourquoi nous leur déléguons notre jugement. Pourquoi nous sommes parfois déçus comme si nous avions été trahis personnellement.J’ai questionné Samah sur la naissance historique de la figure du “génie”, sur la Renaissance, sur le mythe du héros, sur le mérite, sur la visibilité, sur les médias, sur les algorithmes. Mais aussi sur quelque chose de plus intime : qu’est-ce que ça fait de devenir soi-même une figure d’autorité ?Ce que j’aime dans cette conversation, c’est qu’elle ne cherche pas à “cancel”. Elle cherche à déplacer le regard.On parle de plagiat, de création collective, d’impunité, de Heidegger, de Bertolucci, d’écologie, de réseaux sociaux, de gourous, de soft skills… et surtout d’utopie.Et si la pensée n’appartenait jamais à une seule personne ?Et si le vrai pouvoir, c’était de négocier le sens ensemble ?Citations marquantes “Nous avons besoin de boussoles, mais pas de sommets.”“Le problème n’est pas la signature. C’est pourquoi on voit toujours les mêmes noms.”“Quand on sacralise quelqu’un, on suspend notre jugement.”“La pensée n’appartient pas à une figure. Elle appartient à ceux qui la manipulent.”“L’utopie, c’est un endroit où le sens se négocie en permanence.”Big Ideas (Idées centrales)1. Le besoin d’autorité est humainNous manquons d’attention. Nous avons besoin de repères.👉 Important car ça évite la culpabilisation individuelle.⏱ ~00:072. La visibilité n’est pas le mériteLa reconnaissance circule par halo. Les visibles rendent visibles.👉 Important pour comprendre l’entre-soi médiatique.⏱ ~00:293. Le génie est une construction historiqueRenaissance, humanisme, mécénat : naissance de la singularité exceptionnelle.👉 Important pour désacraliser le mythe du créateur solitaire.⏱ ~00:264. La sacralisation crée de l’impunitéPlus on idolâtre, plus on pardonne.👉 Important dans le débat sur cancel culture.⏱ ~00:225. Nous sommes câblés pour créer des récitsBiais d’intentionnalité : on invente des intentions.👉 Important pour comprendre la narration politique moderne.⏱ ~00:396. L’utopie est déjà làDans les classes, les cafés, les discussions réelles.👉 Important pour redonner de l’espoir concret.⏱ ~00:5810 Questions structurantesPourquoi avons-nous besoin de figures d’autorité ?À partir de quand admiration devient-elle abd
Christophe André est psychiatre et co-auteur de "vivre pendant vivre après", un livre sur le cancer écrit en partenariat avec 2 oncologues.Dans cet épisode, nous parlons de ce moment où la mort cesse d’être un concept pour devenir une possibilité réelle.Christophe a eu un cancer du poumon. Il a perdu son père d’un cancer. Il a accompagné toute sa vie des patients en souffrance. Et pourtant, lorsque la maladie l’a touché, il a ressenti la même colère que tout le monde : “Pourquoi moi ?”J’ai questionné Christophe André sur ce que veut dire être en bonne santé quand on a frôlé la mort. Nous parlons de cette idée que la santé serait un but en soi, alors qu’elle n’est qu’un moyen. Nous parlons de culpabilité, de honte, de cette illusion que si l’on mange bien, si l’on médite, si l’on fait du sport, on serait protégé.Dans cet épisode, nous parlons de la place du mental : est-ce qu’il guérit vraiment ? Ou est-ce qu’il aide simplement à traverser ?Nous parlons des médecines alternatives, de la médecine intégrative, du danger de retarder un traitement lourd au nom d’une promesse rassurante.Mais surtout, nous parlons de vie. Parce que le cancer a cette particularité étrange : il vous tire vers la mort et, en même temps, il intensifie votre amour de la vie.C’est une conversation douce mais radicale. Sur la fragilité. Sur la responsabilité. Sur ce que signifie vraiment guérir.Citations marquantes« La santé, c’est la vie dans le silence des organes. »« La protection n’est pas une garantie. »« On ne trouve jamais la vie aussi belle que quand la mort est à côté. »« La honte, ce n’est pas l’inconfort de ce que j’ai fait, c’est l’inconfort de ce que je suis. »« Le mental aide à traverser. Il ne fait pas disparaître la maladie. »Les grandes idées 1. La santé n’est pas un idéal moralJe constate que nous avons transformé la santé en performance.Or elle n’est qu’un outil pour vivre.2. Le cancer détruit l’illusion de contrôleOn peut réduire les risques.On ne peut pas garantir l’immunité.3. La maladie rend la mort réelleEt c’est précisément cette proximité qui rend la vie plus intense.4. La honte isoleLa culpabilité peut être discutée.La honte enferme.5. Le mental est une enduranceIl ne vainc pas biologiquement le cancer.Il aide à ne pas s’effondrer psychiquement.6. La médecine doit devenir intégrativePas alternative.Pas naïve.Mais coordonnée.7. Il existe trois guérisonsMédicale.Psychologique.Sociale.Et elles n’avancent pas au même rythme.QUESTIONS STRUCTURANTESQu’est-ce qu’être en bonne santé ?Pourquoi moi ?Peut-on vraiment prévenir un cancer ?Le stress est-il responsable ?Le mental peut-il guérir ?Comment accompagner un pro
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Gregory PouyhostReviews
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